Listening Skills – La Petite Sirene

La Petite Sirene (The Little Mermaid)

Bien loin dans la mer, l’eau est bleue comme les feuilles des bluets, pure comme le verre le plus transparent, mais si profonde qu’il serait inutile d’y jeter l’ancre, et qu’il faudrait y entasser une quantité infinie de tours d’églises les unes sur les autres pour mesurer la distance du fond à la surface.

Far into the sea, the water is as blue as cornflower leaves, pure as the most transparent glass, but so deep that it would be useless to drop anchor, and one can place there an endless quantity of church towers, one on top of the other, to measure the distance from the bottom to the surface.

C’est là que demeure le peuple de la mer. Mais n’allez pas croire que ce fond se compose seulement de sable blanc ; non, il y croît des plantes et des arbres bizarres, et si souples, que le moindre mouvement de l’eau les fait s’agiter comme s’ils étaient vivants. Tous les poissons, grands et petits, vont et viennent entre les branches comme les oiseaux dans l’air. À l’endroit le plus profond se trouve le château du roi de la mer, dont les murs sont de corail, les fenêtres de bel ambre jaune, et le toit de coquillages qui s’ouvrent et se ferment pour recevoir l’eau ou pour la rejeter.

It is there that live the people of the sea. But do not believe that this bottom is composed only of white sand. No, there are growing plants and weird trees, so flexible that the slightest movement of the water makes them shake as if they were alive. All fish, large and small, come and go between the legs like birds in the air. At the deepest point is the castle of the king of the sea, with walls of coral, beautiful amber windows and roof shells that open and close to receive or reject the water.

Chacun de ces coquillages referme des perles brillantes dont la moindre ferait honneur à la couronne d’une reine.

Each of these shells contain brilliant pearls, the least of which would do credit to the crown of a queen.

Depuis plusieurs années le roi de la mer était veuf, et sa vieille mère dirigeait sa maison. C’était une femme spirituelle, mais si fière de son rang, qu’elle portait douze huîtres à sa queue tandis que les autres grands personnages n’en portaient que six. Elle méritait des éloges pour les soins qu’elle prodiguait à ses six petites filles, toutes princesses charmantes. Cependant la plus jeune était plus belle encore que les autres ; elle avait la peau douce et diaphane comme une feuille de rose, les yeux bleus
comme un lac profond ; mais elle n’avait pas de pieds : ainsi que ses sœurs, son corps se terminait par une queue de poisson.

For several years the king of the sea was a widower, and his aged mother directed his home. She was a spiritual woman, but so proud of her rank that she wore twelve oysters on her tail while the other major characters wore six. She deserved praise for the care she lavished on her six girls, all charming princesses. However the youngest was more beautiful than any other; she had soft and translucent skin like a rose leaf, blue eyes deep as a lake; but she had no feet, like her sisters, and her body ended in a fish tail.

Toute la journée, les enfants jouaient dans les grandes salles du château, où des fleurs vivantes poussaient sur les murs. Lorsqu’on ouvrait les fenêtres d’ambre jaune, les poissons y entraient comme chez nous les hirondelles, et ils mangeaient dans la main des petites sirènes qui les caressaient. Devant le château était un grand jardin avec des arbres d’un bleu sombre ou d’un rouge de feu. Les fruits brillaient comme de l’or, et les fleurs, agitant sans cesse leur tige et leurs feuilles, ressemblaient à de petites flammes. Le sol se composait de sable blanc et fin, et une lueur bleue merveilleuse, qui se répandait partout, aurait fait croire qu’on était dans l’air, au milieu de l’azur du ciel, plutôt que sous la mer. Les jours de calme, on pouvait apercevoir le soleil, semblable à une petite fleur de pourpre versant la lumière de son calice.

Throughout the day, the children played in the great halls of the castle, where living flowers grew on the walls. When they opened the amber windows, the fish came in like swallows, and they ate in the hands of the little mermaids caressing them. Before the castle was a great garden with trees of a dark blue or fiery red. The fruit gleamed like gold, and the flowers, constantly stirred their stems and leaves, looking like little flames. The floor consisted of white sand and a beautiful blue glow, which spread everywhere, and made believe that it was in the air, amidst the blue sky, rather than the sea. The calm days, one could see the sun, like a small flower, purple light pouring from his cup.

Chacune des princesses avait dans le jardin son petit terrain, qu’elle pouvait cultiver selon son bon plaisir. L’une lui donnait la forme d’une baleine, l’autre celle d’une sirène ; mais la plus jeune fit le sien rond comme le soleil, et n’y planta que des fleurs rouges comme lui. C’était une enfant bizarre, silencieuse et réfléchie.

Each of the princesses was in the garden’s small lot, she could cultivate according to her good pleasure. One gave him the shape of a whale, the other that of a siren; but the youngest made hers round like the sun, and planted red flowers like him. She was a strange child, quiet and thoughtful.

Lorsque ses sœurs jouaient avec différents objets provenant des bâtiments naufragés, elle s’amusait à parer une jolie statuette de marbre blanc, représentant un charmant petit garçon, placée sous un saule pleureur magnifique, couleur de rose, qui la couvrait d’une ombre violette. Son plus grand plaisir consistait à écouter des récits sur le monde où vivent les hommes. Toujours elle priait sa vieille grand’mère de lui parler des vaisseaux, des villes, des hommes et des animaux.

When her sisters were playing with different objects from wrecked buildings, she was amused to adorn a pretty statue of white marble, representing a lovely little boy, under a beautiful weeping willow, pink color, which covered a purple shade. Her greatest pleasure was to listen to stories about the world in which men live. Everyday she prayed that her old grandmother would talk about ships, cities, people and animals.

Elle s’étonnait surtout que sur la terre les fleurs exhalassent un parfum qu’elles n’ont pas sous les eaux de la mer, et que les forêts y fussent vertes. Elle ne pouvait pas s’imaginer comment les poissons chantaient et sautillaient sur les arbres. La grand’mère appelait les petits oiseaux des poissons ; sans quoi elle ne se serait pas fait comprendre.

She was especially surprised on the earth that flowers exhaled a scent that they do not have under the waters of the sea, and the forests were green there. She could not imagine how fish sang and hopped on trees. The grandmother called the little birds fishes; otherwise she would not understand.

« Lorsque vous aurez quinze ans, dit la grand’mère, je vous donnerai la permission de monter à la surface de la mer et de vous asseoir au clair de la lune sur des rochers, pour voir passer les grands vaisseaux et faire connaissance avec les forêts et les villes. » L’année suivante, l’aînée des sœurs allait atteindre sa quinzième année, et comme il n’y avait qu’une année de différence entre chaque sœur, la plus jeune devait encore attendre cinq ans pour sortir du fond de la mer. Mais l’une promettait toujours à l’autre de lui faire le récit des merveilles qu’elle aurait vues à sa première sortie ; car leur grand’mère ne parlait jamais assez, et il y avait tant de choses qu’elles brûlaient de savoir !

“When you’re fifteen”, said the grandmother, “I will give you permission to come to the surface of the sea and sit in the moonlight on the rocks, to see large vessels pass and get to know the forests and cities.” The following year, the eldest of the sisters would reach her fifteenth year, and as there was a difference in years between each sister, the youngest still had to wait five years to leave the bottom of the sea. but they always promised each other to tell the story of the wonders they would have seen on their first trip; because their grandmother never talked enough, and there were so many things that they were eager to know!

La plus curieuse, c’était certes la plus jeune ; souvent, la nuit, elle se tenait auprès de la fenêtre ouverte, cherchant à percer de ses regards l’épaisseur de l’eau bleue que les poissons battaient de leurs nageoires et de leur queue. Elle aperçut en effet la lune et les étoiles, mais elles lui paraissaient toutes pâles et considérablement grossies par l’eau.

The most curious, was certainly the youngest one; often at night, she was standing by the open window, looking to cast her vision through the thickness of the blue water in which the fish flapped their fins and tails. She indeed saw the moon and stars, but they seemed to her all pale and greatly swollen by water.

Lorsque quelque nuage noir les voilait, elle savait que c’était une baleine ou un navire chargé d’hommes qui nageait au-dessus d’elle. Certes, ces hommes ne pensaient pas qu’une charmante petite sirène étendait au-dessous d’eux ses mains blanches vers la carène. Le jour vint où la princesse aînée atteignit sa quinzième année, et elle monta à la surface de la mer.

When a black cloud veiled them, she knew it was a whale or a ship loaded with men who swam above her. Certainly these men did not think that there was a charming little mermaid stretched below them with her white hands towards the keel. The day came when the eldest princess reached her fifteenth year, and she rose to the surface of the sea.

À son retour, elle avait mille choses à raconter. « Oh ! disait-elle, c’est délicieux de voir, étendue au clair de la lune sur un banc de sable, au milieu de la mer calme, les rivages de la grande ville où les lumières brillent comme des centaines d’étoiles ; d’entendre la musique harmonieuse, le son des cloches des églises, et tout ce bruit d’hommes et de voitures ! »

Upon her return, she had a thousand things to tell. “Oh!” she said, “it’s delightful to see extended to the moonlight on a sandbar in the middle of the calm sea, the shores of the big city where the lights shine like hundreds of stars; to hear the harmonious music, the sound of church bells and all the noise of men and cars!”

Oh ! comme sa petite sœur l’écoutait attentivement ! Tous les soirs, debout à la fenêtre ouverte, regardant à travers l’énorme masse d’eau, elle rêvait à la grande ville, à son bruit et à ses lumières, et croyait entendre sonner les cloches tout près d’elle. L’année suivante, la seconde des sœurs reçut la permission de monter. Elle sortit sa tête de l’eau au moment où le soleil touchait à l’horizon, et la magnificence de ce spectacle la ravit au dernier point.

Oh! like her little sister she listened carefully! Every night, standing at the open window, looking through the huge mass of water, she dreamed of the big city, its noise and its lights, and thought she heard bells ringing all around her. The following year the second sister received permission to leave. She pulled her head from the water as the sun touched the horizon, and the splendor of the spectacle delights her to the last point.

« Tout le ciel, disait-elle à son retour, ressemblait à de l’or, et la beauté des nuages était au-dessus de tout ce qu’on peut imaginer. Ils passaient devant moi, rouges et violets, et au milieu d’eux volait vers le soleil, comme un long voile blanc, une bande de cygnes sauvages. Moi aussi j’ai voulu nager vers le grand astre rouge ; mais tout à coup il a disparu, et la lueur rose qui teignait la surface de la mer ainsi que les nuages s’évanouit bientôt. »

“All heaven”, she said on her return, “like gold, and the beauty of the clouds above was all one can imagine. They passed me, red and purple, and among them flying toward the sun, like a long white veil, a band of wild swans. I also wanted to swim to the big red star; but suddenly it disappeared, and the pink glow which stained the surface of the sea and the clouds soon vanished.”

Puis vint le tour de la troisième sœur. C’était la plus hardie, aussi elle remonta le cours d’un large fleuve. Elle vit d’admirables collines plantées de vignes, de châteaux et de fermes situés au milieu de forêts superbes. Elle entendit le chant des oiseaux, et la chaleur du soleil la força à se plonger plusieurs fois dans l’eau pour rafraîchir sa figure. Dans une baie, elle rencontra une foule de petits êtres humains qui jouaient en se baignant. Elle voulut jouer avec eux, mais ils se sauvèrent tout effrayés, et un animal noir — c’était un chien — se mit à aboyer si terriblement qu’elle fut prise de peur et regagna promptement la pleine mer. Mais jamais elle ne put oublier les superbes forêts, les collines vertes et les gentils enfants qui savaient nager, quoi qu’ils n’eussent point de queue de poisson.

Then came the turn of the third sister. She was the boldest, as she ascended the course of a wide river. She lives amongst splendid hills planted with vineyards, castles and farms located in beautiful forests. She heard the birds singing and the sun’s heat forced her to dive repeatedly into the water to cool her face. In a bay, she met a crowd of little people playing while bathing. She wanted to play with them, but they escaped with fear, and a black animal – it was a dog. – Barked so terribly, afraid of it taking her, she promptly returned to the sea, but she could not even remember the beautiful forests, green hills and nice children who could swim, though they did not have a fishtail.

La quatrième sœur, qui était moins hardie, aima mieux rester au milieu de la mer sauvage, où la vue s’étendait à plusieurs lieues, et où le ciel s’arrondissait au-dessus de l’eau comme une grande cloche de verre. Elle apercevait de loin les navires, pas plus grands que des mouettes ; les dauphins joyeux faisaient des culbutes, et les baleines colossales lançaient des jets d’eau de leurs narines.

The fourth sister, who was less bold, preferred to stay in the middle of the wild sea, where the view stretched for miles, and the sky was rounded on top of the water like a big glass bell. She soon spotted the ships, no bigger than seagulls; the joyful dolphins doing flips, and the colossal whale who threw jets of water from their nostrils.

Le tour de la cinquième arriva ; son jour tomba précisément en hiver : aussi vit-elle ce que les autres n’avaient pas encore pu voir. La mer avait une teinte verdâtre, et partout nageaient, avec des formes bizarres, et brillantes comme des diamants, des montagnes de glace. « Chacune d’elles, disait la voyageuse, ressemble à une perle plus grosse que les tours d’église que bâtissent les hommes. » Elle s’était assise sur une des plus grandes, et tous les navigateurs se sauvaient de cet endroit où elle abandonnait sa longue chevelure au gré des vents. Le soir, un orage couvrit le ciel de nuées ; les éclairs brillèrent, le tonnerre gronda, tandis que la mer, noire et agitée, élevant les grands monceaux de glace, les faisait briller de l’éclat rouge des éclairs.

When the fifth came; her day fell precisely in winter; she also saw what the others had not yet seen. The sea had a greenish tint, and she swam across, with bizarre and brilliant shapes like diamonds, mountains of ice. “Each of them, said the traveler, like a large pearl in the church towers that men build. “She was sitting on one of the biggest, and all of those watching fled from the place where she left her long hair in the breeze. In the evening, a thunderstorm of clouds covered the sky; lightning flashed, thunder rumbled, while the sea, black and agitated, raising heaps of ice, was the shining brilliance of the red lightning.

Toutes les voiles furent serrées, la terreur se répandit partout ; mais elle, tranquillement assise sur sa montagne de glace, vit la foudre tomber en zigzag sur l’eau luisante. La première fois qu’une des sœurs sortait de l’eau, elle était toujours enchantée de toutes les nouvelles choses qu’elle apercevait ; mais, une fois grandie, lorsqu’elle pouvait monter à loisir, le charme disparaissait, et elle disait au bout d’un mois qu’en bas tout était bien plus gentil, et que rien ne valait son chez-soi.

All sails were furled, terror spread everywhere; but, quietly sitting on its mountain of ice, she saw the lightning zigzag down onto the glistening water. The first time a sister was out of the water, she was always delighted at all the new things she saw; but, once grown, when she could climb at leisure, the charm disappeared, and she said after a month that everything below was nicer, and that nothing was worth her home.

Souvent, le soir, les cinq sœurs, se tenant par le bras, montaient ainsi à la surface de l’eau. Elles avaient des voix enchanteresses comme nulle créature humaine, et, si par hasard quelque orage leur faisait croire qu’un navire allait sombrer, elles nageaient devant lui et entonnaient des chants magnifiques sur la beauté du fond de la mer, invitant les marins à leur rendre visite. Mais ceux-ci ne pouvaient comprendre les paroles des sirènes, et ils ne virent jamais les magnificences qu’elles célébraient ; car, aussitôt le navire englouti, les hommes se noyaient, et leurs cadavres seuls arrivaient au château du roi de la mer.

Often at night, five sisters, arm in arm, rose to the surface of the water. They had an enchanting voice like no human being, and if by chance some storm made them believe that a ship would sink, they swam before it and sang beautiful songs about the beauty of the sea bottom, inviting sailors to visit them. But they could not understand the words of the sirens, and they never saw the magnificence that they were celebrating; for as soon as the ship was engulfed, and the men drowned, only corpses arrived at the castle of the king of the sea.

Pendant l’absence de ses cinq sœurs, la plus jeune, restée seule auprès de la fenêtre, les suivait du regard et avait envie de pleurer. Mais une sirène n’a point de larmes, et son cœur en souffre davantage.

During the absence of his five sisters, the youngest, left alone by the window, followed the gaze and felt like crying. But a mermaid has no tears, and her heart suffers more.

« Oh ! si j’avais quinze ans ! disait-elle, je sens déjà combien j’aimerais le monde d’en haut et les hommes qui l’habitent. » Le jour vint où elle eut quinze ans.

” Oh ! If I was fifteen!”, she said, “I already feel I like the world above and the men who inhabit it.” The day came when she was fifteen.

« Tu vas partir », lui dit sa grand’mère, la vieille reine douairière : viens que je fasse ta toilette comme à tes sœurs. »

“You’re going to leave”, said her grandmother, the old queen, “just me to do your make-up like your sisters.”

Et elle posa sur ses cheveux une couronne de lis blancs dont chaque feuille était la moitié d’une perle ; puis elle fit attacher à la queue de la princesse huit grandes huîtres pour désigner, son rang élevé.

And she put on her hair in a white lily crown, each leaf was half a pearl; then she attached to the tail of the princess eight great oysters to denote her rank.

« Comme elles me font mal ! » dit la petite sirène.

“They are heavy!” said the little mermaid.

« Si l’on veut être bien habillée, il faut souffrir un peu, » répliqua la vieille reine.

“If you want to be well dressed, you have to suffer a little”, replied the old queen.

Cependant la jeune fille aurait volontiers rejeté tout ce luxe et la lourde couronne qui pesait sur sa tête. Les fleurs rouges de son jardin lui allaient beaucoup mieux ; mais elle n’osa pas faire d’observations.

However the girl would willingly have dismissed all this luxury and heavy crown hanging over his head. Red flowers from her garden were much better ; but she dared not comment.

« Adieu ! » dit-elle ; et, légère comme une bulle de savon, elle traversa l’eau.

“Farewell!” she said; and, as light as a soap bubble, she crossed the water.

Lorsque sa tête apparut à la surface de la mer, le soleil venait de se coucher ; mais les nuages brillaient encore comme des roses et de l’or, et l’étoile du soir étincelait au milieu du ciel. L’air était doux et frais, la mer paisible. Près de la petite sirène se trouvait un navire à trois mâts ; il n’avait qu’une voile dehors, à cause du calme, et les matelots étaient assis sur les vergues et sur les cordages. La musique et les chants y résonnaient sans cesse, et à l’approche de la nuit on alluma cent lanternes de diverses couleurs suspendues aux cordages : on aurait cru voir les pavillons de toutes les nations. La petite sirène nagea jusqu’à la fenêtre de la grande chambre, et, chaque fois que l’eau la soulevait, elle apercevait à travers les vitres transparentes une quantité d’hommes magnifiquement habillés. Le plus beau d’entre eux était un jeune prince aux grands cheveux noirs, âgé d’environ seize ans, et c’était pour célébrer sa fête que tous ces préparatifs avaient lieu.

When his head appeared on the surface of the sea, the sun had just set; but the clouds still shone like roses and gold, and the evening star shone in the sky. The air was sweet and fresh, the sea quiet. Near the Little Mermaid was a three-masted ship; it had only sail outside, because of the calm, and the sailors were sitting on the yards and on the ropes. The music and songs are echoed incessantly, and as night approached they lit a hundred lanterns of different colors hanging from ropes: one would have thought to see the flags of all nations. The little mermaid swam to the large bedroom window, and whenever the water raised, she saw through the transparent glass a quantity of beautifully dressed men. The best of them was a young prince with big black hair, aged about sixteen, and it was to celebrate his birthday that all these preparations were taking place.

Les matelots dansaient sur le pont, et lorsque le jeune prince s’y montra, cent fusées s’élevèrent dans les airs, répandant une lumière comme celle du jour. La petite sirène eut peur et s’enfonça dans l’eau ; mais bientôt elle reparut, et alors toutes les étoiles du ciel semblèrent pleuvoir sur elle. Jamais elle n’avait vu un pareil feu d’artifice ; de grands soleils tournaient, des poissons de feu fendaient l’air, et toute la mer, pure et calme, brillait. Sur le navire on pouvait voir chaque petit cordage, et encore mieux les hommes. Oh ! que le jeune prince était beau ! Il serrait la main à tout le monde, parlait et souriait à chacun tandis que la musique envoyait dans la nuit ses sons harmonieux.

The sailors were dancing on deck, and when the young prince showed himself, a hundred rockets rose in the air, spreading a light like that of day. The Little Mermaid was afraid and plunged into the water; but it soon reappeared, and then all the stars in the sky seemed to rain on it. Never had she seen such fireworks; great suns turning, fire fish cleft the air, and all the sea, pure and calm, shone. On the ship you could see every little rope, and even better men. Oh ! The young prince was beautiful! He shook hands with everyone, talking and smiling at each while the music sent in the night its harmonious sounds.

Il était tard, mais la petite sirène ne put se lasser d’admirer le vaisseau et le beau prince. Les lanternes ne brillaient plus et les coups de canon avaient cessé ; toutes les voiles furent successivement déployées et le vaisseau s’avança rapidement sur l’eau. La princesse le suivit, sans détourner un instant ses regards de la fenêtre. Mais bientôt la mer commença à s’agiter ; les vagues grossissaient, et de grands nuages noirs s’amoncelaient dans le ciel. Dans le lointain brillaient les éclairs, un orage terrible se préparait. Le vaisseau se balançait sur la mer impétueuse, dans une marche rapide.

It was late, but the little mermaid could not help but admire the ship and the handsome prince. The lanterns shone and the cannon had ceased; All sails were successively deployed and the vessel advanced rapidly on the water. The princess followed him, without taking her eyes from the window for a moment. But soon the sea became agitated; waves swelled, and great black clouds gathered in the sky. In the distance shone lightning, a terrible storm was brewing. The ship swung in the impetuous sea, in a quick pace.

Les vagues, se dressant comme de hautes montagnes, tantôt le faisaient rouler entre elles comme un cygne, tantôt l’élevaient sur leur cime. La petite sirène se plut d’abord à ce voyage accidenté ; mais, lorsque le vaisseau, subissant de violentes secousses, commença à craquer, lorsque tout à coup le mât se brisa comme un jonc, et que le vaisseau se pencha d’un côté tandis que l’eau pénétrait dans la cale, alors elle comprit le danger, et elle dut prendre garde elle-même aux poutres et aux débris qui se détachaient du bâtiment.

The waves, rising as high as mountains, sometimes they rode them like a swan, sometimes they stood at their tops. The Little Mermaid first took pleasure in this rugged journey; but when the vessel underwent violent shaking, and began to crack when suddenly the mast snapped like a reed, and the ship leaned to one side while water entered the hold, then she realized the danger, and she had to take care of herself from beams and debris that detached from the structure.

Par moments il se faisait une telle obscurité, qu’elle ne distinguait absolument rien ; d’autres fois, les éclairs lui rendaient visibles les moindres détails de cette scène. L’agitation était à son comble sur le navire ; encore une secousse ! il se fendit tout à fait, et elle vit le jeune prince s’ engloutir dans la mer profonde. Transportée de joie, elle crut qu’il allait descendre dans sa demeure ; mais elle se rappela que les hommes ne peuvent vivre dans l’eau, et que par conséquent il arriverait mort au château de son père. Alors, pour le sauver, elle traversa à la nage les poutres et les planches éparses sur la mer, au risque de se faire écraser, plongea profondément sous l’eau à plusieurs reprises, et ainsi elle arriva jusqu’au jeune prince, au moment où ses forces commençaient à l’abandonner et où il fermait déjà les yeux, près de mourir.

At times it was so dark, nothing was distinguishable; other times, lightning made every detail of the scene visible. The agitation was at its height on the ship; still a jerk! it cracked completely, and she saw the young prince sink into the deep sea. Elated, she thought he was going down to her house; but she remembered that men can not live in water, and therefore death would happen at her father’s castle. So to save him, she swam through the beams and planks scattered on the sea, at the risk of being crushed, diving deeply under water several times, until she came to the young prince at a time where his strength began to abandon him and where he had already closed his eyes, ready to die.

La petite sirène le saisit, soutint sa tête au-dessus de l’eau, puis s’abandonna avec lui au caprice des vagues. Le lendemain matin, le beau temps était revenu, mais il ne restait plus rien du vaisseau. Un soleil rouge, aux rayons pénétrants, semblait rappeler la vie sur les joues du prince ; mais ses yeux restaient toujours fermés. La sirène déposa un baiser sur son front et releva ses cheveux mouillés. Elle lui trouva une ressemblance avec la statue de marbre de son petit jardin, et fit des vœux pour son salut. Elle passa devant la terre ferme, couverte de hautes montagnes bleues à la cime desquelles brillait la neige blanche. Au pied de la côte, au milieu d’une superbe forêt verte, s’étendait un village avec une église ou un couvent.

The little mermaid caught him, supported his head above water, then gave him the whim of the waves. The next morning, the weather had returned, but there was nothing left of the ship. A red sun, penetrating rays, seemed to instill life on the cheeks of the prince; but his eyes were still closed. The mermaid kissed his forehead and pushed his wet hair. She found him a resemblance of the marble statue of her little garden, and made vows for his salvation. She passed land covered with tall blue mountains to the summit which was shining with white snow. At the foot of the coast, in the middle of a beautiful green forest stretched a village with a church or a convent. 

En dehors des portes s’élevaient de grands palmiers, et dans les jardins croissaient des orangers et des citronniers ; non loin de cet endroit, la mer formait un petit golfe, s’allongeant jusqu’à un rocher couvert d’un sable fin et blanc. C’est là que la sirène déposa le prince, ayant soin de lui tenir la tête haute et de la présenter aux rayons du soleil. Bientôt les cloches de l’église commencèrent à sonner, et une quantité de jeunes filles apparurent dans un des jardins. La petite sirène s’éloigna en nageant, et se cacha derrière quelques grosses pierres pour observer ce qui arriverait au pauvre prince.

Outside the door stood tall palms, and gardens overgrown with orange and lemon trees; not far from there, the sea formed a little bay, stretching up a rock covered with a fine white sand. This is where the siren deposed prince, taking care to hold her head high and present it to sunlight. Soon the church bells began to ring, and a number of girls appeared in one of the gardens. The little mermaid swimming departed, and hid behind some large rocks to see what would happen to the poor prince.

Quelques moments après, une des jeunes filles vint à passer devant lui ; d’abord, elle parut s’effrayer, mais, se remettant aussitôt, elle courut chercher d’autres personnes qui prodiguèrent au prince toute espèce de soins. La sirène le vit reprendre ses sens et sourire à tous ceux qui l’entouraient ; à elle seule il ne sourit pas, ignorant qui l’avait sauvé. Aussi, lorsqu’elle le vit conduire dans une grande maison, elle plongea tristement et retourna au château de son père.

A few moments later, one of the girls came to pass before him; First, she seemed frightened, but, recovering immediately, she ran to get other people so the Prince was lavished with every kind of care. The siren saw him regain his senses and smile to all those around him; alone he does not smile, unaware who had saved him. So when she saw him drive to a big house, she sadly dove and went back to his father’s castle.

Elle avait toujours été silencieuse et réfléchie ; à partir de ce jour, elle le devint encore davantage. Ses sœurs la questionnèrent sur ce qu’elle avait vu là-haut, mais elle ne raconta rien.

She had always been silent and thoughtful; From that day she became still more. Sisters questioned her about what she had seen there, but she told nothing.

Plus d’une fois, le soir et le matin, elle retourna à l’endroit où elle avait laissé le prince. Elle vit mûrir les fruits du jardin, elle vit fondre la neige sur les hautes montagnes, mais elle ne vit pas le prince ; et elle retournait toujours plus triste au fond de la mer. Là, sa seule consolation était de s’asseoir dans son petit jardin et d’entourer de ses bras la jolie statuette de marbre qui ressemblait au prince, tandis que ses fleurs négligées, oubliées, s’allongeaient dans les allées comme dans un lieu sauvage, entrelaçaient leurs longues tiges dans les branches des arbres, et formaient ainsi des voûtes épaisses qui obstruaient la lumière.

More than once in the evening and in the morning she returned to where she had left the prince. She lives to ripen the fruits of the garden, she saw snow melt on the high mountains, but she did not see the prince; and she returned always sad at the bottom of the sea. There, her only consolation was to sit in her small garden with her arms round the beautiful marble statue which was like the prince, while her flowers were neglected, forgotten, lengthened in the aisles like a wild place, their long stems intertwined in the branches of trees, and thus formed thick vaults that blocked the light.

Enfin cette existence lui devint insupportable ; elle confia tout à une de ses sœurs, qui le raconta aussitôt aux autres, mais à elles seules et à quelques autres sirènes qui ne le répétèrent qu’à leurs amies intimes. Il se trouva qu’une de ces dernières, ayant vu aussi la fête célébrée sur le vaisseau, connaissait le prince et savait l’endroit où était situé son royaume.

Finally this existence became unbearable; she confided everything to her sisters, who immediately told others, but alone and some other sirens only repeated to intimate friends. He found that the latter, having also seen the holiday celebrated on the ship, knew the prince, and knew where was located his kingdom.

« Viens, petite sœur, » dirent les autres princesses ; et, s’entrelaçant les bras sur les épaules, elles s’élevèrent en file sur la mer devant le château du prince. Ce château était construit de pierres jaunes et luisantes ; de grands escaliers de marbre conduisaient à l’intérieur et au jardin ; plusieurs dômes dorés brillaient sur le toit, et entre les colonnes des galeries se trouvaient des statues de marbre qui paraissaient vivantes. Les salles, magnifiques, étaient ornées de rideaux et de tapis incomparables, et les murs couverts de grandes peintures.

“Come, little sister,” said the other princesses; and intertwining arms at the shoulders, they rose in a line from the sea, in front of the castle of the prince. This castle was built of yellow and shiny stones; large marble stairs led in and the garden; several golden domes shone on the roof, and between the galleries of the columns were marble statues that seemed alive. The rooms, beautiful, were adorned with curtains and carpets incomparable, and the walls covered with large paintings.

Dans le grand salon, le soleil réchauffait, à travers un plafond de cristal, les plantes les plus rares, qui poussaient dans un grand bassin au-dessous de plusieurs jets d’eau. Dès lors, la petite sirène revint souvent à cet endroit, la nuit comme le jour ; elle s’approchait de la côte, et osait même s’asseoir sous le grand balcon de marbre qui projetait son ombre bien avant sur les eaux. De là, elle voyait au clair de la lune le jeune prince, qui se croyait seul ; souvent, au son de la musique, il passa devant elle dans un riche bateau pavoisé, et ceux qui apercevaient son voile blanc dans les roseaux verts la prenaient pour un cygne ouvrant ses ailes.

In the living room, the sun warmed through a glass roof, the rarest plants were growing in a large basin below several water jets. Therefore, the little mermaid often returned there, night and day; she approached the coast, and even dared to sit under the large marble balcony that cast its shadow long before the waters. From there she could see in the moonlight the young prince, who thought himself alone; often to the sound of music, he passed her in a richly decked boat, and those who saw her white veil in the green reeds took her for a swan opening its wings.

Elle entendait aussi les pêcheurs dire beaucoup de bien du jeune prince, et alors elle se réjouissait de lui avoir sauvé la vie, quoiqu’il l’ignorât complètement. Son affection pour les hommes croissait de jour en jour, de jour en jour aussi elle désirait davantage s’élever jusqu’à eux. Leur monde lui semblait bien plus vaste que le sien ; ils savaient franchir la mer avec des navires, grimper sur les hautes montagnes au delà des nues ; ils jouissaient d’immenses forêts et de champs verdoyants. Ses sœurs ne pouvant satisfaire toute sa curiosité, elle questionna sa vieille grand’mère, qui connaissait bien le monde plus élevé, celui qu’elle appelait à juste titre les pays au-dessus de la mer.

She also heard fishermen say a lot about the young prince, and then she rejoiced for saving his life, although he was unaware completely. Her affection for men increased from day to day, so every day she wanted more to be up with them. Their world seemed much larger than her own; they knew how to cross the sea with ships, climb the highest mountains beyond the clouds; they enjoyed immense forests and green fields. Sisters can not satisfy any curiosity, she asked her old grandmother, who knew the highest world, whom she called rightly the countries above the sea.

« Si les hommes ne se noient pas, demanda la jeune princesse, est-ce qu’ils vivent éternellement ? Ne meurent-ils pas comme nous ?

“If men do not drown”, asked the princess, “do they live forever? Do they die not like us?”

“Sans doute”, répondit la vieille, “ils meurent, et leur existence est même plus courte que la nôtre. Nous autres, nous vivons quelquefois trois cents ans ; puis, cessant d’exister, nous nous transformons en écume, car au fond de la mer ne se trouvent point de tombes pour recevoir les corps inanimés. Notre âme n’est pas immortelle ; avec la mort tout est fini. Nous sommes comme les roseaux verts : une fois coupés, ils ne verdissent plus jamais ! Les hommes, au contraire, possèdent une âme qui vit éternellement, qui vit après que leur corps s’est changé en poussière ; cette âme monte à travers la subtilité de l’air jusqu’aux étoiles qui brillent, et, de même que nous nous élevons du fond des eaux pour voir le pays des hommes, ainsi eux s’élèvent à de délicieux endroits, immenses, inaccessibles aux peuples de la mer.”

“Undoubtedly”, said the old, “they die, and their existence is even shorter than ours. The rest of us sometimes live three hundred years; then ceasing to exist, we become scum, because the bottom of the sea are not found graves to receive the inanimate body. Our soul is not immortal; with death all over. We like green reeds cut once, they will never turn green! Men, on the contrary, have a soul which lives forever, lives after the body turned into dust; that soul rises through the subtlety of air to the stars shining, and, as we rise from the water bottom to see the country of men, so they amounted to delicious places, huge, inaccessible to the people of the sea.”

“Mais pourquoi n’avons-nous pas aussi une âme immortelle ?” dit la petite sirène affligée ; je donnerais volontiers les centaines d’années qui me restent à vivre pour être homme, ne fût-ce qu’un jour, et participer ensuite au monde céleste.”

Why have we not an immortal soul?” said the little mermaid afflicted. “I would willingly give hundreds of years I have left to live for man, not even for a day, and then participate in the heavenly world.”

“Ne pense pas à de pareilles sottises”, répliqua la vieille ; “nous sommes bien plus heureux ici en bas que les hommes là-haut.”

“Do not think about such nonsense”, replied the old woman, “we are much happier down here that men up there.”

“Il faut donc un jour que je meure ; je ne serai plus qu’un peu d’écume ; pour moi plus de murmure des vagues, plus de fleurs, plus de soleil ! N’est-il donc aucun moyen pour moi d’acquérir une âme immortelle ?”

“It takes until a day I die; I am only a little foam; for me more than murmur of waves, more flowers, more sun! Is there no way for me to gain an immortal soul?”

— Un seul, mais à peu près impossible. Il faudrait qu’un homme conçût pour toi un amour infini, que tu lui devinsses plus chère que son père et sa mère. Alors, attaché à toi de toute son âme et de tout son cœur, s’il faisait unir par un prêtre sa main droite à la tienne en promettant une fidélité éternelle, son âme se communiquerait à ton corps, et tu serais admise au bonheur des hommes. Mais jamais une telle chose ne pourra se faire ! Ce qui passe ici dans la mer pour la plus grande beauté, ta queue de poisson, ils la trouvent détestable sur la terre. Pauvres hommes ! Pour être beaux, ils s’imaginent qu’il leur faut deux supports grossiers, qu’ils appellent jambes ! »

One, but almost impossible. Should a man conceive for you endless love, thou would mean more to him than his father and mother. So attached to you with all his soul and with all his heart, he was united by a priest at his right hand in yours promised eternal fidelity, his soul would communicate to your body, and you would be admitted to happiness men. But never such a thing can not be done! What happens here in the sea to the greatest beauty, your fish tail, they find detestable on earth. Poor men! To be beautiful, they think they need two crude carriers, which they call legs! “

La petite sirène soupira tristement en regardant sa queue de poisson.

The little mermaid sighed sadly watching her fishtail.

« Soyons gaies ! dit la vieille, sautons et amusons-nous le plus possible pendant les trois cents années de notre existence ; c’est, ma foi, un laps de temps assez gentil, nous nous reposerons d’autant mieux après. Ce soir il y a bal à la cour. »

“Let us be happy!” said the old woman, “jump and have fun, as much as possible during the three hundred years of our existence; that is, well, a nice enough time, we will rest after all the better. Tonight there is a ball in the court.”

On ne peut se faire une idée sur la terre d’une pareille magnificence. La grande salle de danse tout entière n’était que de cristal ; des milliers de coquillages énormes, rangés de chaque côté, éclairaient la salle d’une lumière bleuâtre, qui, à travers les murs transparents, illuminait aussi la mer au dehors. On y voyait nager d’innombrables poissons, grands et petits, couverts d’écailles luisantes comme de la pourpre, de l’or et de l’argent.

One can get an idea on earth of such magnificence. The great ballroom was entirely like crystal; thousands of huge shells, arranged on each side, lit the room with a bluish light, which, through the transparent walls, also illuminated the sea outside.It showed swim countless fish, great and small, covered withshiny scales like purple, gold and silver.

Au milieu de la salle coulait une large rivière sur laquelle dans aient les dauphins et les sirènes, au son de leur propre voix, qui était superbe. La petite sirène fut celle qui chanta le mieux, et on l’applaudit si fort, que pendant un instant la satisfaction lui fit oublier les merveilles de la terre. Mais bientôt elle reprit ses anciens chagrins, pensant au beau prince et à son âme immortelle. Elle quitta le chant et les rires, sortit tout doucement du château, et s’assit dans son petit jardin. Là, elle entendit le son des cors qui pénétrait l’eau.

In the middle of the hall ran a wide river on which to have dolphins and sirens, the sound of their own voice, which was superb. The Little Mermaid was the one who sang the best, and we applauded so much that for a moment the satisfaction made him forget the wonders of the earth. But soon she resumed her old sorrows, thinking handsome prince and his immortal soul. She left the singing and laughter, slowly left the castle, and sat in his little garden. There, she heard the sound of horns that penetrated water.

« Le voilà qui passe, celui que j’aime de tout mon cœur et de toute mon âme, celui qui occupe toutes mes pensées, à qui je voudrais confier le bonheur de ma vie ! Je risquerais tout pour lui et pour gagner une âme immortelle. Pendant que mes sœurs dansent dans le château de mon père, je vais aller trouver la sorcière de la mer, que j’ai tant eue en horreur jusqu’à ce jour. Elle pourra peut-être me donner des conseils et me venir en aide. »

“There he goes, the one I love with all my heart and all my soul, that which occupies my thoughts, to whom I would entrust the happiness of my life! I would risk everything to him and to win an immortal soul. While my sisters are dancing in the castle of my father, I’ll go find the witch of the sea, as I had in horror to this day. She may be able to give me advice and help me. “

Et la petite sirène, sortant de son jardin, se dirigea vers les tourbillons mugissants derrière lesquels demeurait la sorcière. Jamais elle n’avait suivi ce chemin. Pas une fleur ni un brin d’herbe n’y poussait. Le fond, de sable gris et nu, s’étendait jusqu’à l’endroit où l’eau, comme des meules de moulin, tournait rapidement sur elle-même, engloutissant tout ce qu’elle pouvait attraper. La princesse se vit obligée de traverser ces terribles tourbillons pour arriver aux domaines de la sorcière, don’t la maison s’élevait au milieu d’une forêt étrange. Tous les arbres et tous les buissons n’étaient que des polypes, moitié animaux, moitié plantes, pareils à des serpents à cent têtes sortant de terre. Les branches étaient des bras longs et gluants, terminés par des doigts en forme de vers, et qui remuaient continuellement. Ces bras s’enlaçaient sur tout ce qu’ils pouvaient saisir, et ne le lâchaient plus.

And the little mermaid, out of her garden, walked to the foaming whirlpools, behind which the sorceress lived. She had never taken this path. Not a flower or a blade of grass grew there. Background, gray and bare sand, stretched to where the water, like millstones, quickly turning on itself, engulfing everything she could catch. The princess was obliged to go through these terrible eddies to reach the areas of the witch, do not the house was in the middle of a strange forest. All the trees and all the bushes were only polyps, half animal, half plant, like snakes percent out of the ground heads. The branches were long, slimy arms terminated shaped fingers to, and stirred continuously. These arms entwined on anything they could grab, and let loose the most.

La petite sirène, prise de frayeur, aurait voulu s’en retourner ; mais en pensant au prince et à l’âme de l’homme, elle s’arma de tout son courage. Elle attacha autour de sa tête sa longue chevelure flottante, pour que les polypes ne pussent la saisir, croisa ses bras sur sa poitrine, et nagea ainsi, rapide comme un poisson, parmi ces vilaines créatures dont chacune serrait comme avec des liens de fer quelque chose entre ses bras, soit des squelettes blancs de naufragés, soit des rames, soit des caisses ou des carcasses d’animaux. Pour comble d’effroi, la princesse en vit une qui enlaçait une petite sirène étouffée.

The Little Mermaid, taking fright, wished to return; but thinking of the prince and the soul of man, she steeled her courage. She tied around his his long flowing hair head for polyps might not seize it, folded his arms across his chest, and swam so fast like a fish, among those nasty creatures each of which shook as with iron links some thing in his arms, or white skeletons of wrecked or oars, or crates or animal carcasses. To complete fright, the princess saw one who hugged a little muffled siren.

Enfin elle arriva à une grande place dans la forêt, où de gros serpents de mer se roulaient en montrant leur hideux ventre jaunâtre. Au milieu de cette place se trouvait la maison de la sorcière, construite avec les os des naufragés, et où la sorcière, assise sur une grosse pierre, donnait à manger à un crapaud dans sa main, comme les hommes font manger du sucre aux petits canaris. Elle appelait les affreux serpents ses petits poulets, et se plaisait à les faire rouler sur sa grosse poitrine spongieuse.

Finally she came to a great place in the forest, where large sea snakes were rolling by showing their ugly yellowish belly. In the middle of this place was the house of the witch, built with the bones of shipwrecked and where the witch sitting on a large stone, was feeding a toad in his hand, as men do eat sugar small canaries. She called the ugly snakes her little chickens, and liked to roll them on his big spongy chest.

« Je sais ce que tu veux, s’écria-t-elle en apercevant la princesse ; tes désirs sont stupides ; néanmoins je m’y prêterai, car je sais qu’ils te porteront malheur. Tu veux te débarrasser de ta queue de poisson, et la remplacer par deux de ces pièces avec lesquelles marchent les hommes, afin que le prince s’amourache de toi, t’épouse et te donne une âme immortelle. »

“I know what you want, if she cried when she saw the princess; your desires are stupid; I nevertheless lend me, because I know they will bear you misfortune. You want to get rid of your fish’s tail, and replace it with two of those parts with which men walk, so that the prince falls in love with you, marry you and give you an immortal soul. “

À ces mots elle éclata d’un rire épouvantable, qui fit tomber à terre le crapaud et les serpents.

With these words she burst into a terrible laugh, which cast down the toads and snakes.

« Enfin tu as bien fait de venir ; demain, au lever du soleil, c’eût été trop tard, et il t’aurait, fallu attendre encore une année. Je vais te préparer un élixir que tu emporteras à terre avant le Vignette de Bertall point du jour. Assieds-toi sur la côte, et bois-le. Aussitôt ta queue se rétrécira et se partagera en ce que les hommes appellent deux belles jambes. Mais je te préviens que cela te fera souffrir comme si l’on te coupait avec une épée tranchante. Tout le monde admirera ta beauté, tu conserveras ta marche légère et gracieuse, mais chacun de tes pas te causera autant de douleur que si tu marchais sur des pointes d’épingle, et fera couler ton sang. Si tu veux endurer toutes ces souffrances, je consens à t’aider.

“And you did well to come; tomorrow at sunrise, it would have been too late, and you would have, had to wait another year. I’ll make you an elixir that you will take to the ground before Vignette Bertall daybreak. Sit on the coast, and drink it. Immediately your tail will shrink and will share in that men call two beautiful legs. But I warn you that this will make you suffer as if you were cut with a sharp sword. Everyone will admire your beauty, you shall preserve your going light and graceful, but your every step will cause you much pain as if you walked on pinpoints, and will draw your blood. If you want to endure all this suffering, I agree to help you.

— Je les supporterai ! dit la sirène d’une voix tremblante, en pensant au prince et à l’âme immortelle.
— Mais souviens-toi, continua la sorcière, qu’une fois changée en être humain, jamais tu ne pourras redevenir sirène ! Jamais tu ne reverras le château de ton père ; et si le prince, oubliant son père et sa mère, ne s’attache pas à toi de tout son cœur et de toute son âme, ou s’il ne veut pas faire bénir votre union par un prêtre, tu n’auras jamais une âme immortelle. Le jour où il épousera une autre femme, ton cœur se brisera, et tu ne seras plus qu’un peu d’écume sur la cime des vagues.

– I will bear this! said the siren in a trembling voice, thinking of the prince and the immortal soul.
– But remember, continued the witch once changed into a human being, you can not ever become a mermaid! Never will you see your father’s castle; and if the Prince, forgetting his father and his mother, does not attach to you with all his heart and all his soul, or does not want to bless your union by a priest, you will never have an immortal soul. The day he marries another woman, your heart will break, and you will be only a little foam on the tops of the waves.

— J’y consens, dit la princesse, pâle comme la mort.
— En ce cas, poursuivit la sorcière, il faut aussi que tu me payes ; et je ne demande pas peu de chose. Ta voix est la plus belle parmi celles du fond de la mer, tu penses avec elle enchanter le prince, mais c’est précisément ta voix que j’exige en payement. Je veux ce que tu as de plus beau en échange de mon précieux élixir ; car, pour le rendre bien efficace, je dois y verser mon propre sang.

– I agree, said the princess, as pale as death.
– In this case, continued the witch, you must also pay me; and I do not ask little. Your voice is the most beautiful among those in the bottom of the sea, you think with her enchanted prince, but that is precisely your voice that I require in payment. I want what you have more beautiful in exchange for my precious elixir; because, to make it even effective, I have to shed my own blood.

— Mais si tu prends ma voix, demanda la petite sirène, que me restera-t-il ?
— Ta charmante figure, répondit la sorcière, ta marche légère et gracieuse, et tes yeux expressifs : cela suffit pour entortiller le cœur d’un homme. Allons ! du courage ! Tire ta langue, que je la coupe, puis je te donnerai l’élixir.
— Soit ! » répondit la princesse, et la sorcière lui coupa la langue. La pauvre enfant resta muette.

– But if you take my voice, asked the little mermaid, what do I have left?
– Your charming face, answered the witch, your walk light and graceful, and your expressive eyes: that is enough to twist the heart of a man. Come on! Bravery ! Rest your tongue, that I cut, then I will give you the elixir.
– “I will ! ” said the princess, and the witch cut off her tongue. The poor child was silent.

Là-dessus, la sorcière mit son chaudron sur le feu pour faire bouillir la boisson magique.

« La propreté est une bonne chose, » dit-elle en prenant un paquet de vipères pour nettoyer le chaudron. Puis, se faisant une entaille dans la poitrine, elle laissa couler son sang noir dans le chaudron.

Une vapeur épaisse en sortit, formant des figures bizarres, affreuses. À chaque instant, la vieille ajoutait un nouvel ingrédient, et, lorsque le mélange bouillit à gros bouillons, il rendit un son pareil aux gémissements du crocodile. L’élixir, une fois préparé, ressemblait à de l’eau claire.

Thereupon the witch placed her cauldron on the fire to boil the magic drink.

“Cleanliness is a good thing,” she said, taking a viper package to clean the cauldron. Then, making an incision on the chest, she let her black blood flow into the cauldron.

A thick steam went out, forming strange figures, terrible. At every moment, the old lady added a new ingredient, and when the mixture boiled to a rolling boil, and gave her such groans as the crocodile. The elixir, once prepared, looked like clear water.

« Le voici, dit la sorcière, après l’avoir versé dans une fiole. Si les polypes voulaient te saisir, quand tu t’en retourneras par ma forêt, tu n’as qu’à leur jeter une goutte de cette boisson, et ils éclateront en mille morceaux. »

Ce conseil était inutile ; car les polypes, en apercevant l’élixir qui luisait dans la main de la princesse comme une étoile, reculèrent effrayés devant elle. Ainsi elle traversa la forêt et les tourbillons mugissants.

Quand elle arriva au château de son père, les lumières de la grande salle de danse étaient éteintes ; tout le monde dormait sans doute, mais elle n’osa pas entrer. Elle ne pouvait plus leur parler, et bientôt elle allait les quitter pour jamais. Il lui semblait que son cœur se brisait de chagrin. Elle se glissa ensuite dans le jardin, cueillit une fleur de chaque parterre de ses sœurs, envoya du bout des doigts mille baisers au château, et monta à la surface de la mer.

Le soleil ne s’était pas encore levé lorsqu’elle vit le château du prince. Elle s’assit sur la côte et but l’élixir ; ce fut comme si une épée affilée lui traversait le corps ; elle s’évanouit et resta comme morte. Le soleil brillait déjà sur la mer lorsqu’elle se réveilla, éprouvant une douleur cuisante. Mais en face d’elle était le beau prince, qui attachait sur elle ses yeux noirs. La petite sirène baissa les siens, et alors elle vit que sa queue de poisson avait disparu, et que deux jambes blanches et gracieuses la remplaçaient.

Le prince lui demanda qui elle était et d’où elle venait ; elle le regarda d’un air doux et affligé, sans pouvoir dire un mot. Puis le jeune homme la prit par la main et la conduisit au château. Chaque pas, comme avait dit la sorcière, lui causait des douleurs atroces ; cependant, au bras du prince, elle monta l’escalier de marbre, légère comme une bulle de savon, et tout le monde admira sa marche gracieuse.

On la revêtit de soie et de mousseline, sans pouvoir assez admirer sa beauté ; mais elle restait toujours muette. Des esclaves, habillées de soie et d’or, chantaient devant le prince les exploits de ses ancêtres ; elles chantaient bien, et le prince les applaudissait en souriant à la jeune fille.

« S’il savait, pensa-t-elle, que pour lui j’ai sacrifié une voix plus belle encore ! »

Après le chant, les esclaves exécutèrent une danse gracieuse au son d’une musique charmante. Mais lorsque la petite sirène se mit à danser, élevant ses bras blancs et se tenant sur la pointe des pieds, sans toucher presque le plancher, tandis que ses yeux parlaient au cœur mieux que le chant des esclaves, tous furent ravis en extase ; le prince s’écria qu’elle ne le quitterait jamais, et lui permit de dormir à sa porte sur un coussin de velours. Tout le monde ignorait les souffrances qu’elle avait endurées en dansant.

Le lendemain, le prince lui donna un costume d’amazone pour qu’elle le suivît à cheval. Ils traversèrent ainsi les forêts parfumées et gravirent les hautes montagnes ; la princesse, tout en riant, sentait saigner ses pieds. La nuit, lorsque les autres dormaient, elle descendit secrètement l’escalier de marbre et se rendit à la côte pour rafraîchir ses pieds brûlants dans l’eau froide de la mer, et le souvenir de sa patrie revint à son esprit.

Une nuit, elle aperçut ses sœurs se tenant par la main ; elles chantaient si tristement en nageant, que la petite sirène ne put s’empêcher de leur faire signe. L’ayant reconnue, elles lui racontèrent combien elle leur avait causé de chagrin. Toutes les nuits elles revinrent, et une fois elles amenèrent aussi la vieille grand’mère, qui depuis nombre d’années n’avait pas mis la tête hors de l’eau, et le roi de la mer avec sa couronne de corail.

Tous les deux étendirent leurs mains vers leur fille ; mais ils n’osèrent pas, comme ses sœurs, s’approcher de la côte. Tous les jours le prince l’aimait de plus en plus, mais il l’aimait comme on aime une enfant bonne et gentille, sans avoir l’idée d’en faire sa femme. Cependant, pour qu’elle eût une âme immortelle et qu’elle ne devînt pas un jour un peu d’écume, il fallait que le prince épousât la sirène.

« Ne m’aimes-tu pas mieux que toutes les autres ? voilà ce que semblaient dire les yeux de la pauvre petite lorsque, la prenant dans ses bras, il déposait un baiser sur son beau front.

— Certainement, répondit le prince, car tu as meilleur cœur que toutes les autres ; tu m’es plus dévouée, et tu ressembles à une jeune fille que j’ai vue un jour, mais que sans doute je ne reverrai jamais. Me trouvant sur un navire, qui fit naufrage, je fus poussé à terre par les vagues, près d’un couvent habité par plusieurs jeunes filles. La plus jeune d’entre elles me trouva sur la côte et me sauva la vie, mais je ne la vis que deux fois. Jamais, dans le monde, je ne pourrai aimer une autre qu’elle ; eh bien ! tu lui ressembles, quelquefois même tu remplaces son image dans mon âme.

— Hélas ! pensa la petite sirène, il ignore que c’est moi qui l’ai porté à travers les flots jusqu’au couvent pour le sauver. Il en aime une autre ! Cependant cette jeune fille est enfermée dans un couvent, elle ne sort jamais ; peut-être l’oubliera-t-il pour moi, pour moi qui l’aimerai et lui serai dévouée toute ma vie. »
« Le prince va épouser la charmante fille du roi voisin, dit on un jour ; il équipe un superbe navire sous prétexte de rendre seulement visite au roi, mais la vérité est qu’il va épouser sa fille. »

Cela fit sourire la sirène, qui savait mieux que personne les pensées du prince, car il lui avait dit : « Puisque mes parents l’exigent, j’irai voir la belle princesse, mais jamais ils ne me forceront à la ramener pour en faire ma femme. Je ne puis l’aimer ; elle ne ressemble pas, comme toi, à la jeune fille du couvent, et je préférerais t’épouser, toi, pauvre enfant trouvée, aux yeux si expressifs, malgré ton éternel silence. »

En parlant ainsi, il avait déposé un baiser sur sa longue chevelure.

« J’espère que tu ne crains pas la mer, mon enfant, » lui dit-il sur le navire qui les emportait. Puis il lui parla des tempêtes et de la mer en fureur, des étranges poissons et de tout ce que les plongeurs trouvent au fond des eaux. Ces discours la faisaient sourire, car elle connaissait le fond de la mer mieux que personne assurément.

Au clair de la lune, lorsque les autres dormaient, assise sur le bord du vaisseau, elle plongeait ses regards dans la transparence de l’eau, et croyait apercevoir le château de son père, et sa vieille grand’mère les yeux fixés sur la carène. Une nuit, ses sœurs lui apparurent ; elles la regardaient tristement et se tordaient les mains. La petite les appela par des signes, et s’efforça de leur faire entendre que tout allait bien ; mais au même instant le mousse s’approcha, et elles disparurent en laissant croire au petit marin qu’il n’avait vu que l’écume de la mer.

Le lendemain, le navire entra dans le port de la ville où résidait le roi voisin. Toutes les cloches sonnèrent, la musique retentit du haut des tours, et les soldats se rangèrent sous leurs drapeaux flottants. Tous les jours ce n’étaient que fêtes, bals, soirées ; mais la princesse n’était pas encore arrivée du couvent, où elle avait reçu une brillante éducation.

La petite sirène était bien curieuse de voir sa beauté : elle eut enfin cette satisfaction. Elle dut reconnaître que jamais elle n’avait vu une si belle figure, une peau si blanche et de grands yeux noirs si séduisants.

« C’est toi ! s’écria le prince en l’apercevant, c’est toi qui m’as sauvé la vie sur la côte ! » Et il serra dans ses bras sa fiancée rougissante, « C’est trop de bonheur ! continua-t-il en se tournant vers la petite sirène. Mes vœux les plus ardents sont accomplis ! Tu partageras ma félicité, car tu m’aimes mieux que tous les autres. »

L’enfant de la mer baisa la main du prince, bien qu’elle se sentît le cœur brisé. Le jour de la noce de celui qu’elle aimait, elle devait mourir et se changer en écume. La joie régnait partout ; des hérauts innoncèrent les fiançailles dans toutes les rues au son des trompettes. Dans la grande église, une huile parfumée brûlait dans des lampes d’argent, les prêtres agitaient les encensoirs ; les deux fiancés se donnèrent la main et reçurent la bénédiction de l’évêque. Habillée de soie et d’or, la petite sirène assistait à la cérémonie ; mais elle ne pensait qu’à sa mort prochaine et à tout ce qu’elle avait perdu dans ce monde.

Le même soir, les deux jeunes époux s’embarquèrent au bruit des salves d’artillerie. Tous les pavillons flottaient, au milieu du vaisseau se dressait une tente royale d’or et de pourpre, où l’on avait préparé un magnifique lit de repos. Les voiles s’enflèrent, et le vaisseau glissa légèrement sur la mer limpide.

À l’approche de la nuit, on alluma des lampes de diverses couleurs, et les marins se mirent à danser joyeusement sur le pont. La petite sirène se rappela alors la soirée où, pour la première fois, elle avait vu le monde des hommes. Elle se mêla à la danse, légère comme une hirondelle, et elle se fit admirer comme un être surhumain. Mais il est impossible d’exprimer ce qui se passait dans son cœur ; au milieu de la danse elle pensait à celui pour qui elle avait quitté sa famille et sa patrie, sacrifié sa voix merveilleuse et subi des tourments inouïs. Cette nuit était la dernière où elle respirait le même air que lui, où elle pouvait regarder la mer profonde et le ciel étoilé. Une nuit éternelle, une nuit sans rêve l’attendait, puisqu’elle n’avait pas une âme immortelle. Jusqu’à minuit la joie et la gaieté régnèrent autour d’elle ; elle-même riait et dansait, la mort dans le cœur.

Enfin le prince et la princesse se retirèrent dans leur tente : tout devint silencieux, et le pilote resta seul debout devant le gouvernail. La petite sirène, appuyée sur ses bras blancs au bord du navire, regardait vers l’orient, du côté de l’aurore ; elle savait que le premier rayon du soleil allait la tuer.

Soudain ses sœurs sortirent de la mer, aussi pâles qu’elle-même ; leur longue chevelure ne flottait plus au vent, on l’avait coupée.

« Nous l’avons donnée à la sorcière, dirent-elles, pour qu’elle te vienne en aide et te sauve de la mort. Elle nous a donné un couteau bien affilé que voici. Avant le lever du soleil, il faut que tu l’enfonces dans le cœur du prince, et, lorsque son sang encore chaud tombera sur tes pieds, ils se joindront et se changeront en une queue de poisson. Tu redeviendras sirène ; tu pourras redescendre dans l’eau près de nous, et ce n’est qu’à l’âge de trois cents ans que tu disparaîtras en écume. Mais dépêche-toi ! car avant le lever du soleil, il faut que l’un de vous deux meure. Tue-le, et reviens ! Vois-tu cette raie rouge à l’horizon ? Dans quelques minutes le soleil paraîtra, et tout sera fini pour toi ! »

Puis, poussant un profond soupir, elles s’enfoncèrent dans les vagues. La petite sirène écarta le rideau de la tente, et elle vit la jeune femme endormie, la tête appuyée sur la poitrine du prince. Elle s’approcha d’eux, s’inclina, et déposa un baiser sur le front de celui qu’elle avait tant aimé. Ensuite elle tourna ses regards vers l’aurore, qui luisait de plus en plus regarda alternativement le couteau tranchant et le prince qui prononçait en rêvant le nom de son épouse, leva l’arme d’une main tremblante, et… la lança loin dans les vagues. Là où tomba le couteau, des gouttes de sang semblèrent rejaillir de l’eau. La sirène jeta encore un regard sur le prince, et se précipita dans la mer, où elle sentit son corps se dissoudre en écume.

En ce moment, le soleil sortit des flots ; ses rayons doux et bienfaisants tombaient sur l’écume froide, et la petite sirène ne se sentait pas morte ; elle vit le soleil brillant, les nuages de pourpre, et au-dessus d’elle flottaient mille créatures transparentes et célestes. Leurs voix formaient une mélodie ravissante, mais si subtile, que nulle oreille humaine ne pouvait l’entendre, comme nul œil humain ne pouvait voir ces créatures. L’enfant de la mer s’aperçut qu’elle avait un corps semblable aux leurs, et qui se dégageait peu à peu de l’écume.

« Où suis-je ? demanda-t-elle avec une voix dont aucune musique ne peut donner l’idée.

— Chez les filles de l’air, répondirent les autres. La sirène n’a point d’âme immortelle, et elle ne peut en acquérir une que par l’amour d’un homme ; sa vie éternelle dépend d’un pouvoir étranger. Comme la sirène, les filles de l’air n’ont pas une âme immortelle, mais elles peuvent en gagner une par leurs bonnes actions. Nous volons dans les pays chauds, où l’air pestilentiel tue les hommes, pour y ramener la fraîcheur ; nous répandons dans l’atmosphère le parfum des fleurs ; partout où nous passons, nous apportons des secours et nous ramenons la santé. Lorsque nous avons fait le bien pendant trois cents ans, nous recevons une âme immortelle, afin de participer à l’éternelle félicité des hommes. Pauvre petite sirène, tu as fait de tout ton cœur les mêmes efforts que nous ; comme nous tu as souffert, et, sortie victorieuse de tes épreuves, tu t’es élevée jusqu’au monde des esprits de l’air, où il ne dépend que de toi de gagner une âme immortelle par tes bonnes actions. »

Et la petite sirène, élevant ses bras vers le ciel, versa des larmes pour la première fois. Les accents de la gaieté se firent entendre de nouveau sur le navire ; mais elle vit le prince et sa belle épouse regarder fixement avec mélancolie l’écume bouillonnante, comme s’ils savaient qu’elle s’était précipitée dans les flots. Invisible, elle embrassa la femme du prince, jeta un sourire à l’époux, puis monta avec les autres enfants de l’air sur un nuage rose qui s’éleva dans le ciel.

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