L’étranger – Camus – Chapter One

Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : « Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. » Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.

Today mom died. Or maybe yesterday, I do not know. I received a telegram from the old age home: “Mother died. Funeral tomorrow. Best regards.” It does not mean anything. It was perhaps yesterday.

L’asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d’Alger. Je prendrai l’autobus à deux heures et j’arriverai dans l’après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J’ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n’avait pas l’air content. Je lui ai même dit : « Ce n’est pas de ma faute. » Il n’a pas répondu.

The Home for Aged Persons is in Marengo, eighty kilometers from Algiers. I will take the bus for two hours and I will arrive in the afternoon. So I can watch and I will return tomorrow night. I asked my boss for two days off  and he could not refuse me with such an excuse. But he does not look happy. I even said, “It’s not my fault. ” he did not answer.

J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n’avais pas à m’excuser. C’était plutôt à lui de me présenter ses condoléances. Mais il le fera sans doute après-demain, quand il me verra en deuil. Pour le moment, c’est un peu comme si maman n’était pas morte. Après l’enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle.

I thought then that I would not have told him that. In short, I did not have to apologize. It was kind of him to offer condolences. But it will probably after tomorrow, when he sees me in mourning. For the moment, it’s like if mom was not dead. After the funeral, on the contrary, it will be a done deal and everything will be put on a more formal look.

J’ai pris l’autobus à deux heures. Il faisait très chaud. J’ai mangé au restaurant, chez Céleste, comme d’habitude. Ils avaient tous beaucoup de peine pour moi et Céleste m’a dit : « On n’a qu’une mère. » Quand je suis parti, ils m’ont accompagné à la porte. J’étais un peu étourdi parce qu’il a fallu que je monte chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire et un brassard. Il a perdu son oncle, il y a quelques mois.

I took the bus for two hours. It was very hot. I ate at the restaurant, with Celeste, as usual. They all had a lot of trouble for me and Celeste said, “We only have one mother. “When I left, they accompanied me to the door. I was a little dizzy because I had to go up to Emmanuel to borrow a black tie and armband. He lost his uncle there a few months ago.

J’ai couru pour ne pas manquer le départ. Cette hâte, cette course, c’est à cause de tout cela sans doute, ajouté aux cahots, à l’odeur d’essence, à la réverbération de la route et du ciel, que je me suis assoupi. J’ai dormi pendant presque tout le trajet. Et quand je me suis réveillé, j’étais tassé contre un militaire qui m’a souri et qui m’a demandé si je venais de loin. J’ai dit « oui » pour n’avoir plus à parler.

I ran so as not to miss the start. This haste, this race, it has without a doubt, added to the bumps, the smell of gasoline, to the reverberation of the road and sky, that made me feel so drowsy. I slept for most of the way. When I woke up, I was packed against a soldier who smiled at me and asked me if I came from far away. I said “yes” no longer having to speak.

L’asile est à deux kilomètres du village. J’ai fait le chemin à pied. J’ai voulu voir maman tout de suite. Mais le concierge m’a dit qu’il fallait que je rencontre le directeur. Comme il était occupé, j’ai attendu un peu. Pendant tout ce temps, le concierge a parlé et ensuite, j’ai vu le directeur : il m’a reçu dans son bureau. C’était un petit vieux, avec la Légion d’honneur. Il m’a regardé de ses yeux clairs. Puis il m’a serré la main qu’il a gardée si longtemps que je ne savais trop comment la retirer. Il a consulté un dossier et m’a dit : « Mme Meursault est entrée ici il y a trois ans. Vous étiez son seul soutien. » J’ai cru qu’il me reprochait quelque chose et j’ai commencé à lui expliquer. Mais il m’a interrompu : « Vous n’avez pas à vous justifier, mon cher enfant. J’ai lu le dossier de votre mère. Vous ne pouviez subvenir à ses besoins. Il lui fallait une garde. Vos salaires sont modestes. Et tout compte fait, elle était plus heureuse ici. » J’ai dit : « Oui, monsieur le Directeur. »

The home is two kilometers from the village. I did the walk on foot. I wanted to see mom right away. But the concierge told me that I had to meet the director. As he was busy, I waited a little. All the while, the concierge spoke and then I saw the manager: He received me in his office. It was a little old man with the Legion of Honour. He looked at me with his clear eyes. Then he shook my hand and he kept it so long that I did not know how to remove it. He consulted a folder and said, “Madame Meursault came here three years ago. You were her only support. I  thought he was reproaching me for something and I started to explain. But he interrupted me: “You do not have to justify yourself, my dear child. I read your mother’s file. You could not meet her needs. She needed a guard. Your wages are modest. And after all, she was happy here. I said, “Yes, Headmaster.”

Il a ajouté : « Vous savez, elle avait  des amis, des gens de son âge. Elle pouvait partager avec eux des intérêts qui sont d’un autre temps. Vous êtes jeune et elle devait s’ennuyer avec vous. »

He added: “You know, she had [friends, people of her own age. She could share with them interests that are from another time. You are young and she was bored with you.”

C’était vrai. Quand elle était à la maison, maman passait son temps à me suivre des yeux en silence. Dans les premiers jours où elle était à l’asile, elle pleurait souvent. Mais c’était à cause de l’habitude. Au bout de quelques mois, elle aurait pleuré si on l’avait retirée de l’asile.

Toujours à cause de l’habitude. C’est un peu pour cela que dans la dernière année je n’y suis presque plus allé. Et aussi parce que cela me prenait mon dimanche – sans compter l’effort pour aller à l’autobus, prendre des tickets et faire deux heures de route.

It was true. When she was home, mom spent her time following me with her eyes in silence. In the early days when she was at the home, she cried often. But it was because of habit. After a few months she would have wept if he had been removed from the home. Always because of habit. It’s a bit why in the last year I had hardly gone. And also because it took me my Sunday – not counting the effort to go to the bus, take tickets and do two hours away.

Le directeur m’a encore parlé. Mais je ne l’écoutais presque plus. Puis il m’a dit : « Je suppose que vous voulez voir votre mère. » Je me suis levé sans rien dire et il m’a précédé vers la porte. Dans l’escalier, il m’a expliqué : « Nous l’avons transportée dans notre petite morgue. Pour ne pas impressionner les autres. Chaque fois qu’un  pensionnaire meurt, les autres sont nerveux pendant deux ou trois jours. Et ça rend le service difficile. » Nous avons traversé une cour où il y avait beaucoup de vieillards, bavardant par petits groupes. Ils se taisaient quand nous passions. Et derrière nous, les conversations reprenaient.

The manager even told me. But I hardly listened. Then he said, “I suppose you want to see your mother. “I got up without saying anything and he preceded me to the door. On the stairs, he explained: “We carried our little mortuary. Not to impress others. Whenever a pensioner dies, the others are nervous for two or three days. And that makes it a difficult service.” We crossed a courtyard where there was a lot of old men chatting in small groups. They were silent when we passed. And behind us, the conversation resumed.

On aurait dit d’un jacassement assourdi de perruches. À la porte d’un petit bâtiment, le directeur m’a quitté : « Je vous laisse, monsieur Meursault. Je suis à votre disposition dans mon bureau. En principe, l’enterrement est fixé à dix heures du matin. Nous avons pensé que vous pourrez ainsi veiller la disparue. Un dernier mot : votre mère a, paraît-il, exprimé souvent à ses compagnons le désir d’être enterrée religieusement. J’ai pris sur moi, de faire le nécessaire. Mais je voulais vous en informer. » Je l’ai remercié. Maman, sans être athée, n’avait jamais pensé de son vivant à la religion.

It sounded like muffled chattering parakeets. At the door of a small building, the manager left me: “I leave you, Monsieur Meursault. I am available to you in my office. In principle, the funeral is set at ten in the morning. We thought so you can view the departed. A final word: your mother, it seems, often expressed to her companions a desire to be buried religiously. I have taken upon myself to arrange that. But I wanted to let you know. “I thanked him. Mom, without being an atheist, had never thought of her living for religion.

Je suis entré. C’était une salle très claire, blanchie à la chaux et recouverte d’une verrière. Elle était meublée de chaises et de chevalets en forme de X. Deux d’entre eux, au centre, supportaient une bière recouverte de son couvercle. On voyait seulement des vis brillantes, à peine enfoncées, se détacher sur les planches passées au brou de noix. Près de la bière, il y avait une infirmière arabe en sarrau blanc, un foulard de couleur vive sur la tête.

I entered. It was a very bright room, whitewashed and covered with a glass roof. It was furnished with chairs and X-shaped trestles. Two of them, in the center, supported a beer covered with its lid. We saw only brilliant screws, hardly pressed, detached on past boards walnut stain. Near the coffin, there was an Arab nurse in a white lab coat, a brightly colored scarf on her head.

Advertisements

Listening Exercise – L’Étranger d’Albert Camus

Yesterday, we introduced ourselves to a 22 minute dissertation on the French novel, The Stranger, by Albert Camus. Today we are going to listen to the video again, and work with the transcript and translation that follows:

Bonjour bienvenue sur cette leçon consacrée au roman l’Étranger d’Albert Camus écrit en mille neuf cent quarante-deux (1942). Ce roman met en scène un personnage qui s’appelle Mersault, et qui vit en Algérie française, à l’époque où l’Algérie était une colonie française. Ce personnage non seulement c’est le héro, le personnage principal du roman mais c’est aussi le narrateur du roman, qui raconte l’histoire en même temps.

Hello welcome to this lesson dedicated to the novel The Stranger by Albert Camus written in nineteen forty-two (1942). The novel features a character named Meursault, who is French and he lives in Algeria, at a time when Algeria was a French colony. This character not only is the hero, the main character of the novel, but also the narrator of the novel, who tells the story at the same time.

Le roman est découpé en deux parties. Dans la première partie, Mersault raconte deux semaines de sa vie pendant lesquelles il se passe des événements très importants. D’abord, il apprend la mort de sa mère et il va à l’enterrement de sa mère. Ensuite il va rencontrer des nouveaux amis, rencontrer une femme, et rencontrer des nouveaux amis, et à travers une suite d’événements, et de mauvais choix, il va commettre un crime, un crime terrible.

The novel is divided into two parts. In the first part, Meursault tells of the two weeks of his life during which very important events happen to him. First, he learns of the death of his mother and he goes to his mother’s funeral. Then, he will meet new friends, meet a woman, and meet new friends, and through a series of events, and poor choices, he will commit a crime, a terrible crime.

Et dans la deuxième partie du roman, il va être jugé pour son crime, il va être condamné à une peine, il va accepter sa condamnation par la justice humaine. Et finalement il va rencontrer un aumônier, c’est-à-dire le prêtre qui vient voir les hommes qui sont condamnés, avec lequel il va confronter son crime. Ce roman c’est l’histoire d’un criminel mais ce n’est pas un roman qui nous demande de juger le criminel.

And in the second part of the novel, he will be tried for his crime, he will be sentenced, he will accept his condemnation by human justice. And finally he meets a chaplain, that is to say, the priest who comes to see men who are condemned, with whom he will be confronted for his crime. This novel is the story of a criminal but it is not a novel that asks us to judge the criminal.

Dans les romans policiers par exemple on a des criminels, et puis le but de l’histoire c’est de savoir qui est le criminel, qui est le coupable, et comment le juger. Mais ce n’est pas un roman à propos de la justice. C’est un roman à propos de la culpabilité mais ce n’est pas un roman à propos du rapport entre la culpabilité et la justice.

In crime novels for example, we have the criminals, and then the goal of the story is to know who is the criminal, who is the culprit, and how to judge. But this is not a novel about justice. It is a novel about guilt but it is not a novel about the relationship between guilt and justice.

C’est un roman qui parle d’une position éthique, la position éthique du personnage, du héro Mersault. C’est quoi la différence entre la justice et l’éthique? La justice c’est la question de savoir qui est coupable et comment on doit le punir. L’éthique c’est différent. L’éthique c’est la question de savoir comment on peut être heureux dans les limites de la justice.

It is a novel about an ethical position, the ethical position of the character, the hero Meursault. What is the difference between justice and ethics? Justice is the question of who is guilty and how we must punish. Ethics is different. Ethics is the question of how one can be happy within the limits of justice.

Comment on peut être heureux tout en étant coupable? Mersault c’est un personnage qui est coupable mais qui est heureux en étant coupable. Donc c’est ça la question comment on peut être heureux en étant coupable? Et c’est une question éthique parce que c’est une question que tout le monde doit se poser.

How can we be happy while being guilty? Meursault is a character who is guilty but who is happy while being guilty. So that is the question, how can one be happy while being guilty? And it is a matter of ethics because it is a question that everyone should ask.

En effet, tout le monde n’est pas coupable mais tout le monde se sent coupable, tout le monde se sent coupable de quelque chose. En général, on se sent très souvent coupable de choses complètement triviales. On se sont coupable de ne pas avoir dit bonjour à son voisin, on se sent coupable de ne pas avoir appelé ses parents, on se sent coupable d’avoir trop parlé hier soir pendant le cocktail party, on se sent coupable pour des choses complètement triviales.

In fact, everyone is not guilty but everyone feels guilty, everybody feels guilty of something. In general, you often feel guilty about completely trivial things. We are guilty of not saying hello to a neighbor, one feels guilty for not having called their parents, you feel guilty for having talked too much last night during the cocktail party, you feel guilty for completely trivial things.

Et qu’est-ce que ça veut dire? C’est complètement absurde! Pour Camus c’est la preuve de l’absurdité de la vie. Comment expliquer qu’on doive vivre notre vie avec ce sentiment imaginaire, pathologique de culpabilité que nous partageons tous? Ce n’est pas seulement la culpabilité du criminel la culpabilité légale. Ce n’est pas non plus la culpabilité de l’homme de religion, le pêcheur, qui se sent coupables devant Dieu. Non.

And what does that mean? This is completely absurd! For Camus this is proof of the absurdity of life. How to explain that we should live our lives with this imaginary feeling, a pathological guilt that we all share? It is not just the guilt of the criminal. This is not the guilt of the religious man, the fisherman, who feels guilty before God. No.

C’est une culpabilité imaginaire que tout le monde partage, et qui n’a aucun sens, qui est absurde. Donc pour Camus, la question éthique c’est de savoir comment vivre une vie heureuse malgré ce sentiment absurde de culpabilité qui définit la condition humaine.

This is an imaginary guilt that everyone shares and that makes no sense, which is absurd. So for Camus, the ethical question is how to live a happy life despite this absurd sense of guilt that defines the human condition.

Mersault, c’est un personnage qui n’est pas complètement banal, c’est un héro. Qu’est-ce que ça veut dire? Un héro c’est un personnage qui va risquer sa vie pour défendre des valeurs. Quelle est la valeur que défend le personnage Mersault?

Meursault, this is a character that is not completely trivial, this is a hero. What does that mean? A hero is a person who will risk his life to defend values. What is the value that the character of Meursault defends?

Mersault défend la valeur de l’absurdité. Il défend l’idée qu’on doit pouvoir être heureux, malgré l’absurdité de la vie, en ayant conscience que la vie est absurde. En quelque sorte on doit pouvoir accepter, embrasser l’absurdité de notre vie et être heureux avec cette absurdité.

Meursault defends the value of absurdity. He argues that we must be happy, despite the absurdity of life, with the awareness that life is absurd. Somehow we must accept, embrace the absurdity of our lives and be happy with this nonsense.

C’est une valeur éthique. Mersault va être le héro de cette valeur. Il a risquer sa vie, il va faire des choix dangereux pour défendre cette valeur. Le roman commence avec une expérience très forte de l’absurdité.

It is an ethical value. Meursault is going to be the hero of this value. He risk his life, he will make dangerous choices to defend this value. The novel begins with a powerful experience of absurdity.

C’est l’expérience de perdre sa mère. Mersault perd sa mère au début du roman, et c’est une expérience complètement absurde pour lui. C’est une expérience qui est étrange. Mersault, devant l’annonce de la mort de sa mère, il ne sait pas à quoi ressentir, il ne sait pas quel est le sentiment adéquat devant la mort de sa mère, il ne sait pas quoi dire, il ne sait pas quoi faire, il ne sait pas quoi penser.

It is the experience of losing her mother. Meursault lost his mother at the beginning of the novel and it is a completely absurd experience for him. It is an experience that is strange. Meursault, before the announcement of the death of his mother, does not know what to feel, he does not know what is the proper feeling for the death of his mother, he does not know what to say, he does not know what to do, he does not know what to think.

Et donc il se sent très gêné, très mal à l’aise, très maladroit, et aussi très coupable de ne pas savoir quoi penser de la mort de sa mère. On imagine que quand sa mère meurt, on doit se sentir triste, on doit porter le deuil, mais en vérité, ça, ça vient après.

So he feels very embarrassed, very uncomfortable, very awkward, and also very guilty of not knowing what to think about the death of his mother. We imagine that when one’s mother dies, one has to feel sad, one should mourn, but in truth, that, that comes next.

La première réaction c’est qu’on ne sait pas quoi penser. Et donc Mersault se sent coupable de ne pas savoir s’il doit être triste, par exemple. Puisque l’expérience de perdre sa mère est tellement indescriptible, que même le sentiment de la tristesse n’est pas adéquat.

The first reaction is that we do not know what to think. So Meursault feels guilty for not knowing whether to be sad, for example. Since the experience of losing his mother is so indescribable that even the feeling of sadness is not adequate.

Il n’y a aucun mot, il n’y a aucun sentiment, qui peut décrire la mort. La mort c’est l’absence de mot, c’est l’absence de sentiment, alors comment décrire la mort? Et ce qui vient à la place de l’absence de sentiment, c’est ce drôle de sentiment de culpabilité, la culpabilité d’être vivant.

There are no words, there is no feeling that can describe death. Death is the absence of the word, it is the absence of feeling, then how to describe death? And what comes in place of the lack of feeling is this strange feeling of guilt, the guilt of being alive.

C’est très étrange. Par exemple il se sent coupable de devoir se justifier devant son patron, devant son employeur, qu’il doit manquer un jour de travail, qu’il doit prendre un jour de congé, pour aller à l’enterrement de sa mère. Il écrit: “j’ai demandé deux jours de congé à mon patron et l ne pouvait pas me le refuser avec une excuse pareille. Mais il n’avait pas l’air content. Je lui ai même dit: “Ce n’est pas ma faute.” Il n’a pas répondu. J’ai pensé alors que je n’aurais pas dû dire cela.”

It’s very strange. For example he feels guilty of having to justify to his boss, to his employer, he must miss a day of work, that he must take a day off to go to the funeral of his mother. He writes: “I asked for two days off to my boss. And he could not refuse me with such an excuse. But he does not look happy. I even said, “It’s not my fault.” He did not answer. I thought that I should not have said that.”

D’abord, il se sent coupable de devoir se justifier devant son patron de son jour de congé, il se sent coupable de se sentir coupable! On voit ici que le sentiment de culpabilité est complètement pathologique, complètement imaginaire, n’a aucun sens, il est absurde.

First, he feels guilty of having to justify to his boss his day off, he feels guilty about feeling guilty! Here we see that the sense of guilt is completely pathological, completely imaginary, makes no sense, it is absurd.

Mersault à travers cette expérience fait la constatation de l’absurdité des sentiments, de l’absurdité des mots, de l’absurdité de l’expérience humaine, et ce sentiment de l’absurdité il va décider de le rechercher, de le poursuivre, de le mener jusqu’au bout.

Meursault through this experience is the recognition of the absurdity of feelings, of the absurdity of words, the absurdity of the human experience, and that feeling of absurdity he will decide to seek, to continue, to lead to the end.

On voit dans la manière dont il raconte son récit que tout ce qu’il fait à partir de ce moment-là va avoir un ton absurde, une couleur absurde. Par exemple, il raconte tous les événements avec un style de narration qui est très factuel, des phrases courtes, simples, comme un télégramme, qui ne donnent beaucoup de sens aux évènements. Par exemple, le roman commence sur ces lignes: “Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile: ‘Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.’ Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.”

We see in the way he tells his story that everything he does from this point is going to have an absurd tone, absurd color. For example, he tells to all the events with a narrative style that is very factual, short sentences, simple, like a telegram, which do not give much sense to the events. For example, the novel begins on these lines: “Today Mom died. Or maybe yesterday, I do not know. I received a telegram from the home: “Mother died. Burial tomorrow. Best regards.” It does not mean anything. Maybe it was yesterday.”

Les phrases sont très courtes, très simples, elles sont comme un télégramme. Elles ne donne pas de sens aux événements, elles décrivent les événements de manière factuelle. Et la phrase “cela ne veut rien dire” est très ambigue. On ne sait pas qu’est ce qui ne veut rien dire dans ce télégramme. Première possibilité la phrase “sentiments distingués” ne veut rien dire.

The sentences are very short, very simple, they are like a telegram. They do not give a sense of the events, they describe factual events. And the phrase “it means nothing” is very ambiguous. We do not know what means nothing in this telegram. The first possibility is that the phrase “best regards” means nothing.

En effet, c’est une formule de politesse artificielle, qui n’a vraiment aucun sens devant la mort. Deuxième possibilité, la phrase “enterrement demain” ne veut rien dire. En effet, Mersault se demande quand sa mère est morte.

Indeed, it is an artificial salutation that really makes no sense before the death. The second possibility, the phrase “funeral tomorrow” does not mean anything. Indeed, Meursault wonders when his mother died.

Si l’enterrement est demain ça ne veut rien dire: peut-être elle est morte aujourd’hui, peut-être elle est morte hier. La phrase “enterrement demain” ne donne pas de sens à la mort. Troisième possibilité: la phrase “mère décédée” n’a pas de sens. Il n’arrive pas à donner du sens à la mort de sa mère. Même des mots aussi factuels que “mère décédée” ne peuvent pas décrire ce qu’est la mort.

If the funeral is tomorrow it does not mean anything: perhaps she’s dead now, perhaps she died yesterday. The phrase “funeral tomorrow” does not give meaning to death. The third possibility: the phrase “dead mother” has no meaning. He cannot make sense of the death of his mother. Even such factual words “dead mother” cannot describe what death is.

La mort c’est l’absence de mot, c’est l’absence de sentiments, donc il n’y a même pas de mots pour décrire la mort. Donc cette expérience lui donne le sentiment que tout est absurde, y compris ses sentiments envers la mort de sa mère.

Death is the absence of the word, is the absence of feeling, so there’s not even words to describe the death. So this experience gives him the feeling that everything is absurd, including his feelings for the death of his mother.

Un autre élément qui contribue à donner un ton absurde au roman, c’est pas seulement les phrases dans leur structure, dans leur longueur, c’est aussi le temps employé par Mersault. Mersault décrit tous les événements au passé composé. Et ça c’est très étrange.

Another element that contributes to an absurd tone to the novel, it is not only the sentences in their structure, in their length, but also the time taken by Meursault. Meursault described all events in past tense. And this is very strange.

En général, quand on écrit un roman, quand on raconte quelque chose par écrit, on emploie le passé simple, pour raconter les événements passés. On emploie le passé simple qui décrit des événements qui se sont passés dans un passé lointain, dans un passé fictionnel, qui sont en tout cas loin du moment de la narration, du moment de l’énonciation, du moment où le narrateur raconte l’histoire.

Generally, when writing a novel, when you tell something in writing, we use the simple past, to tell past events. We use the simple past which describes events that occurred in the distant past, in a fictional past, which are in any case far from the moment of the narration, the time of the utterance, the time the narrator tells the history.

Mais Mersault n’emploie pas le passé simple, il emploie le passé composé. Le passé composé c’est un temps qui suggère que les événements passés qui sont racontés ont toujours une conséquence dans le présent, sont liés, sont attachés au moment de l’énonciation, au moment du récit, au moment de la narration.

But Meursault does not use the simple past, he uses the past tense. The past tense is a time that suggests that narrated past events always have a consequence in the present, they are linked, are attached to the time of the utterance, at the moment of the story, the moment of the narrative.

Alors par exemple, Mersault écrit: “Ce jour-là maman est morte”, au passé composé. Non, il écrit “Aujourd’hui maman est morte” au passé composé, et pas “aujourd’hui maman mourut”. Quelle est la différence?

So for example, Meursault wrote: “That day Mom died,” in the compound past. No, he writes “Today Mom died” in the past tense, not “mom died today.” What is the difference?

S’il avait écrit “aujourd’hui de maman mourut”, au passé simple, eh bien on n’aurait plus que sentir que d’abord elle est morte aujourd’hui, et pas hier, et que entre le moment où elle est morte, le moment où il a appris sa mort, et le moment où il le raconte, il s’est passé du temps, et pendant ce temps, peut-être, Mersault a commencé à faire le deuil, à comprendre la mort.

If he had written “Mom died today,” the simple past, well we would not have that feeling that at first she died today, not yesterday, and that between the time, when he heard of her death, and when he tells it, he spent time, and during that time, perhaps Mersault began to mourn, to understand death.

Mais quand il écrit “aujourd’hui maman est morte”, on ne sait pas quand elle est morte, parce que si elle est morte hier, aujourd’hui maman est toujours morte. En quelque sorte le passé composé ce n’est pas vraiment un temps du passé, c’est plutôt un temps du présent.

But when he writes “Today Mom died,” it is not known when she died, because if she died yesterday, today mom is still dead. In a way the past tense is not really a time of the past, rather it is a time of the present.

C’est un temps qui raconte des événements passés qui ont des conséquences dans le présent. Sa mère est toujours morte, et elle sera toujours morte tous les jours maintenant, elle ne va jamais cesser d’être morte. Au contraire, le passé simple distancie l’événement passé et permet de lui donner un sens rétrospectif, permet de clore, de finir, de donner une fin à l’événement passé. Mais le passé composé ne donne pas de fin à l’événement passé, c’est comme si l’événement passé continuait dans le présent.

It is a time which tells of past events that have consequences in the present. His mother is still dead, and she will always be dead any day now, she will never stop being dead. On the contrary, the simple past and the past event distances can give him a retrospective sense, allows to close, to finish, to give an end to the past event. But the past tense does not end at the past event, it is as if the past event continued into the present.

Et par conséquent, c’est une façon de dire que les événements du passé n’ont pas de sens défini, puisqu’ils n’ont pas de fin, ils ne cessent pas d’être en train de de se transformer. Les événements du passé continuent à se définir dans le présent, ils n’ont pas de sens arrêté.

And therefore, it’s a way of saying that the events of the past have no defined feeling, since they have no end, they do not cease to be in the process of transforming. The events of the past continue to define themselves in the present, they have no fixed meaning.

La mort de la mère de Mersault n’a toujours pas de sens au moment où il raconte l’histoire c’est pour ça que il dit “maman est morte” et pas “maman mourut”. C’est ça la différence. c’est une autre façon, dans le récit, en employant le passé composé, de montrer que les événements pour Mersault, n’ont pas de sens, sont absurdes.

The death of the mother of Meursault still has no meaning when he tells the story that is why he said “Mom is dead” and not “mom died.” That’s the difference. This is another way, in the story, using the past tense, showing that events for Meursault, have no meaning, are absurd.

En général on enseigne l’Étranger de Camus aux étudiants de niveau intermédiaire parce que justement les phrases sont très simples, sont très courtes, et puis il emploie que le passé composé, et en général c’est le niveau qui correspond au niveau d’écriture d’un étudiant de niveau de français intermédiaire.

Usually we teach The Stranger by Camus to intermediate students precisely because the sentences are simple, are very short, and then it uses the past tense, and in general it is the level which corresponds to the level of Writing for an intermediate level student of French.

Et vous faites l’expérience vous aussi que quand vous devez par nécessité écrire des phrases courtes et simples et employer le passé composé, vous avez un rapport au monde qui est nécessairement un peu absurde. Il est difficile de donner beaucoup de sens à ce que vous dites, du sens complexe, avec des moyens si simples. Mersault fait la même expérience mais par choix. Il fait le choix de l’absurde et dans la façon qu’il a de raconter ça s’entend, ça se sent.

And you also experience that when you have a need to write short, simple sentences and use the past tense, you have a relationship with the world that is usually a bit absurd. It is difficult to give much meaning to what you say, the complex way, with such simple means. Mersault had the same experience but by choice. He made the absurd choice and in the way he must tell it, you can hear, you can feel it.

Donc, après l’enterrement de sa mère, Mersault essaie de faire des choses normales comme aller à la plage, rencontrer une femme, coucher avec une femme, aller au cinéma, rencontrer de nouveaux amis etc.

So, after the funeral of his mother, Meursault is trying to do normal things like go to the beach, meet a woman, have sex with a woman, go to movies, meet new friends etc.

Mais tous ces événements sont racontées avec le même style qui leur donne un ton absurde, qui donne aux événements l’apparence de quelque chose qui n’a pas vraiment de sens. Et en effet c’est à partir de ce moment-là que Mersault va décider d’être le héro de l’absurde, de défendre les valeurs de l’absurde, et il va commencer à faire des choix absurdes.

But all these events are told with the same style that gives them an absurd tone, giving the appearance of events and something that does not really make sense. And indeed it is from that moment Mersault will decide to be the hero of the absurd, to defend the values ​​of the absurd, and he will begin to make an absurd choice.

D’abord aller à la plage, rencontrer une femme, coucher avec une femme, et aller au cinéma le jour après l’enterrement de sa propre mère, c’est un peu absurde. C’est comme s’il décidait que toute la vie n’avait pas de sens alors autant faire comme si tout était normal depuis la mort de ma mère.

First to go to the beach, meet a woman, have sex with a woman and to go to movies on the day after the funeral of his own mother, it’s a bit absurd. It’s as if he decided that all life had no meaning and to act as if everything was normal following the death of my mother.

Et puis ensuite il fait un autre choix complètement immoral: les amis qu’il rencontre, c’est pas des très bons amis. Il rencontre son voisin Raymond, c’est un proxénète. Un proxénète c’est un homme qui gagne sa vie en faisant le commerce de la prostitution.

And then he made another completely immoral choice: the friends he meets, they are not very good friends. He meets his neighbor Raymond who is a pimp. A pimp is a man who makes his living trading in prostitution.

Et ce proxénète, Raymond, demande à Merault de l’aider à écrire une lettre parce que Raymond ne sait pas écrire. Donc il demande à Mersault de l’aider à écrire une lettre, une lettre d’insultes, une lettre d’injures contre une femme, une femme que par ailleurs Raymond bat, qu’il entretient.

And that pimp, Raymond, asks Merault for help in writing a letter because Raymond is unable to write. So he asks Meursault to help him write a letter, an insulting letter, a letter of abuse against a woman, a woman who also beat Raymond, he maintains.

Donc c’est une situation complètement immorale, et Mersault dit “bah oui!” “je vais le faire” pas vraiment par amitié pour Raymond, il n’a pas vraiment d’amitié pour Raymond mais comme il a une position passive devant les événements, devant ses choix pour la vie, comme tout est absurde, il dit “pourquoi pas”.

So it’s a completely immoral situation and Meursault says “yeah!” “I will do that” not really out of friendship for Raymond, he did not really have friendship for Raymond but he has a passive position to the events before his choice for life, like everything is absurd, so he says ” why not”.

Et donc il aide Raymond à faire quelque chose d’immoral. De la même manière, la femme qu’il rencontre, Marie, elle veut se marier, très tôt, une semaine après qu’ils se rencontrent elle veut se marier avec lui, et elle lui demande s’il l’aime, et lui il répond quelque chose de complètement absurde, il répond: “je lui ai répondu que cela ne voulait rien dire” [le mot amour] “mais que” “il me semblait que non” Il lui semble qu’il ne l’aime pas il n’est même pas sûr, mais il accepte malgré tout de se marier avec elle, en parole.

And so he helps Raymond to do something immoral. Similarly, the woman he met, Mary, she wants to get married very early, a week after they met she wants to marry him, and she asks him if he loves her, and he answers something completely absurd, he replies: “I told him that  it meant nothing” [the word love] “but” it seemed that seems that he does not like, he is not even sure, but he nevertheless accepts to marry, in words.

Donc c’est complètement absurde. C’est comme si l’amitié, l’amour étaient des mots, des valeurs, qui n’avaient pas de sens pour lui. Mersault comme ça à l’air d’être complètement indifférent au monde mais en fait il n’est pas indifférent au monde, il est indifférent aux mots et aux valeurs morales que ces mots représentent comme l’amour ou l’amitié, mais il est très sensible aux sensations corporelles, aux sensations physiques.

So it’s absurd. It’s like friendship, the love was the words, values ​​which had no meaning for him. Meursault as it looks to be completely indifferent to the world, but he is in fact not indifferent to the world, he is indifferent to the words and moral values ​​that these words are, like love or friendship, but he is very sensitive to bodily sensations, physical sensations.

Dans son récit il décrit beaucoup et de façon très détaillée ses sensations visuelles, les petits détails qu’il remarque. El décrit ses sensations tactiles, la chaleur, l’humidité, la mobilité. Il décrit ses sensations olfactives, les odeurs, l’odorat.

In his account he describes many and in great detail his visual sensations, the little things he notices. He describes his tactile sensations, heat, humidity, mobility. He describes his olfactory sensations, the smells, the odor.

Il décrit ses sensations auditives, l’ouïe, tout ce qu’il entend. Donc il est très très sensible à ses sensations corporelles et aussi à ses besoins: le sommeil, le désir sexuel. En fait il est très très sensible. Il a un monde sensuel très contrasté, très riche, très varié, à la différence de son monde intellectuel qui est complètement indifférent: l’amour? l’amitié? aimer, ne pas aimer, c’est indifférent, c’est égal.

He describes his auditory sensations, hearing, everything he hears. So he is very sensitive to bodily sensations and also to his needs: sleep, sexual desire. In fact he is very sensitive. He has a very sensual world of contrasts, rich, varied, unlike his intellectual world that is completely indifferent to love? friendship? love, not love is indifferent, never mind.

Donc il y a une grande différence entre son monde sensuelle et son monde intellectuel. Et cette différence va le conduire à commettre un crime. Il commet un crime qui n’a aucune justification morale, aucun motif, aucune raison, un crime complètement absurde. Mais il commet ce crime à cause de sensations physiques: il est sur la plage, il fait très chaud, il fait trop chaud, il se sent mal à l’aise, mal dans son corps, il veut bouger, il veut remuer et il commet un crime.

So there is a big difference between the sensual world and the intellectual world. And this difference will lead him to commit a crime. He commits a crime that has no moral justification, no motive, no reason, a completely absurd crime. But he commits this crime because of physical sensations: he is on the beach, it is very hot, it’s too hot, he feels uncomfortable, ill in his body, he wants to move, he wants to move and he commits a crime.

Et quand le tribunal du procès lui demande, dans la deuxième partie du roman, pourquoi vous avez commis ce crime, il dit: “à cause du soleil” donc cette différence entre son monde sensuel et son monde intellectuel le conduit à commettre un crime.

And when the trial court asked, in the second part of the novel, why did you commit the crime, he said, “because of the sun” so this difference between his sensual world and his intellectual world leads him to commit a crime.

Son crime est immoral, son crime n’a aucune justification, et donc il est condamné par la justice des hommes à une peine. Et il accepte cette peine parce que c’est un héro, c’est un héros qui va jusqu’au bout de son destin, le destin qu’il a choisi, le chemin de l’absurde le destin de l’absurde.

His crime is immoral, his crime has no justification, and he is condemned by human justice and sentenced. And he accepts this punishment because he is a hero and he is a hero who goes to the end of his fate, the destiny he has chosen, the absurd path for the absurd fate.

En accomplissant son destin, en acceptant la justice des hommes, il accomplit sa mission éthique, sa mission héroïque. Quelle est sa mission héroïque? D’abord, il a transformé sa culpabilité imaginaire, en culpabilité réelle. Vous vous souvenez, il se sentait coupable de la mort de sa mère, c’était imaginaire. Maintenant, il ne se sent pas coupable, il est vraiment coupable, pour de vrai, d’un crime qu’il a commis.

In fulfilling his destiny, by accepting the justice of men, he is performing his ethical mission, his heroic mission. What is his heroic mission? First, he is transformed by his imaginary guilt, real guilt. You remember, he felt guilty for the death of his mother, it was imaginary. Now he does not feel guilty, he is really guilty, for real, for a crime he committed.

Donc il a transformé quelque chose d’ imaginaire en quelque chose de réel. Il a aussi prouvé que la culpabilité réelle, légale, produite par la justice des hommes, n’avait pas de sens. C’est vrai il a commis un crime et donc maintenant il a une peine, il est condamné, mais le jury, le tribunal de son procès ne comprend pas pourquoi il a commis son crime. Et en effet son crime n’a pas de sens, n’a aucune morale, n’a aucune justification.

So he transformed something imaginary into something real. He also proved that the real guilt, legal, produced by the justice of men, had no meaning. It’s true he has committed a crime and so now he has a sentence, if convicted, but the jury, the trial court did not understand why he committed his crime. And indeed his crime has no meaning, has no moral, has no justification.

Quand il dit “c’est à cause du soleil”, les gens rient, ils ne comprennent pas. Et donc, Il a prouvé, en acceptant sa condamnation, que la justice des hommes n’avait pas de sens, qu’elle était arbitraire, dans le sens que la justice des hommes, ne peut pas donner de raison, de sens, à son crime.

When he says “it is because of the sun”, people laugh, they do not understand. And so he proved, accepting his conviction, that the justice of men had no sense that he was arbitrary, in the sense that the justice of men, cannot give reason, sense, to his crime.

Son crime n’a pas de raison, et donc il a prouvé que la justice des hommes était mécanique, et qu’elle était arbitre, et qu’elle n’avait pas de sens. Il a transformé une culpabilité imaginaire en culpabilité réelle mais arbitraire, et donc il a prouvé que la culpabilité ça n’existe pas.

His crime has no reason, and thus it proved that human justice was mechanical, and was arbitrary, and that it has no meaning. He transformed an imaginary guilt to an arbitrary real guilt, and thus he proved that guilt does not exist.

Il s’est débarrassé de l’emprise de cette culpabilité imaginaire, et en effet il se sent libéré, maintenant qu’il est condamné par les hommes, il ne se sent plus coupable, simplement il est condamné par la justice, c’est normal, mais il n’y a aucune culpabilité parce qu’il n’y a aucune raison réelle pour sa condamnation.

He got rid of the grip of this imaginary guilt, and indeed he feels liberated now that he is condemned by men, he no longer feels guilty, he is simply condemned by normal justice, but there is no guilt because there is no real reason for his conviction.

Et donc il ne se sent plus coupable et alors, enfin, il peut découvrir ce qui le fait vivre, ce qui le rend heureux. Une fois qu’il ne se sent plus coupable, il peut ouvrir les yeux sur comment il aime les femmes, comment il aime le monde, comment il aime le silence dans la nuit, la chaleur dans les pays chauds.

And so he no longer feels guilty and then finally he can find out what makes him live, what makes him happy. Once he no longer feels guilty, he may open his eyes to how he likes women, how he loves the world, how he likes the silence at night, the heat in hot countries.

Il découvre ce qui le fait vraiment vivre, ce qui le rend heureux. C’est ça sa mission héroïque: c’est d’aller jusqu’au bout de l’absurdité, pour se débarrasser de la culpabilité imaginaire, et enfin découvrir ce qui le rend heureux.

He discovers what really makes him live, what makes him happy. That’s his heroic mission: it is to go through the nonsense, to get rid of the imaginary guilt, and finally find out what makes him happy.

Comment être heureux et coupable en même temps? Alors il y a un dernier moment dans ce roman, c’est sa confrontation avec un aumônier. L’aumônier, c’est un prêtre de la religion chrétienne, qui vient voir les condamnés pour leur dire: après la condamnation de la justice de l’homme, il y a la condamnation de Dieu, vous pouvez demander pardon à Dieu, et donc être lavé, être absout, de vos pêchés.

How to be happy and guilty at the same time? So there is a last moment in this novel, that is his confrontation with a chaplain. The chaplain is a priest of the Christian religion, who comes to see the convicts for their telling: after the conviction of the justice of man, there is the condemnation of God, you can ask God for forgiveness, and be washed, be absolved of your sins.

Mersault se met très en colère et insulte l’aumônier. En gros il lui dit, j’ai fait tout ce chemin de l’absurde pour me débarrasser de la culpabilité, parce que je pense que la culpabilité est absurde, pour être heureux j’avais besoin de me débarrasser de la culpabilité, et vous vous venez me dire qu’il y a encore la culpabilité chrétienne, non, je refuse!

Meursault gets very angry and insults the chaplain. Basically he said, I have come all the way from the absurd to get rid of the guilt, because I think that guilt is absurd, to be happy I needed to get rid of the guilt, and you tell me he still has to have Christian guilt, no, I refuse!

il se révolte contre cette culpabilité chrétienne. c’est un dernier moment qui pose beaucoup de questions, des questions humaines, éthiques, des questions aussi sur la religion.

He rebels against this Christian guilt. At the last minute he raises many questions, human, ethical issues, questions about religion.

Ce roman c’est pas seulement l’histoire d’un criminel, c’est pas seulement l’histoire d’un homme immoral, c’est avant tout une allégorie de la vie, et de la position éthique qu’on peut prendre dans la vie pour être heureux dans les limites de la justice.

This novel is not only the story of a criminal, it is not just the story of an immoral man, it is primarily an allegory of life and the ethical position that can be taken in life to be happy within the limits of justice.

En quelque sorte c’est un destin impossible à suivre. C’est pour ça que c’est un roman, c’est une fiction. Mersault c’est un héro. Personne ne peut être un héro comme Mersautl. Mais il nous apprend que pour découvrir ce qui nous rend heureux, ce qui nous fait désirer dans la vie, il faut parfois prendre le chemin de l’absurde.

In a way it is impossible to follow a destiny. It is for this that it is a novel is a fiction. Meursault is a hero. No one can be a hero as Mersautl. But he tells us that to discover what makes us happy, which makes us desire in life, you sometimes have to take the path of the absurd.

Listening Exercise – Leçon Consacrée Au Roman l’Étranger d’Albert Camus

In our first 13 practice sessions, we watched Extra French episodes and had the benefit of understanding what was being said, through situational awareness. I’m going to shift the difficulty a bit, and introduce several lectures. We can still use our lip reading skills but listening to a single speaker can be a different kind of listening challenge.

This video is an excellent learning tool for English speakers because if you choose, “More” and then “Transcript”, you will active a drop down viewing box of French dialogue that is in-synch with what they young man is saying in French. If you wish to repeat a line, simply click the line and the video will automatically queue to that line. Not all YouTube videos with automatic transcripts are very accurate, but the ones uploaded from this user seem to be. It appears that these are French Literature professors from the University of Georgia, so the accents may not be authentic, but the French is very understandable, for my American ear.

Since I am reading this novel in French, I find that I am appreciating the novel more after watching this video commentary.

The video takes a little over 22 minutes, which is an excellent length because most people can stay focused for that average amount of time before requiring a break.

On this first day, let’s just watch the video with the transcript scrolling, in one pass, from beginning to end. Simply follow the words and anticipate the pronunciation.

Tomorrow we will work with this same video a little more, and build upon the listening exercise. I will also post my version of the corrected transcript because there are many errors.